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Le Souci de l'humain
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Message Le Souci de l'humain 
Je mets ici un résumé des interventions que j'ai prises en note.

Introduction
 

Serge Gauthier a retracé le parcours du fondateur de l’ASM 13, Philippe Paumelle. Son article de 1952 dans la revue Esprit, « Misère de la psychiatrie », constituait déjà une cinglante dénonciation de l’indignité dans laquelle vivaient patients et soignants. Avec sa force de conviction et son honnêteté intellectuelle, Paumelle va faire du 13ème un laboratoire pour une autre psychiatrie, avec de nouvelles bases éthiques, théoriques et techniques. Rejoint par René Diatkine, Serge Lebovici, Paul-Claude Racamier et d’autres, Paumelle fonde l’ASM13 en 1958, et continuera à militer pour la généralisation de cette expérience, conduisant à la sectorisation de la psychiatrie française. Quelques points forts : créer une psychiatrie communautaire, proposer des thérapies psychanalytiques, favoriser la continuité des soins, le travail d’équipe, la formation continue des soignants…
Colette Chiland a évoqué son travail avec les trois « pères fondateurs », Paumelle, Diatkine et Lebovici, et son engagement au Centre Binet (premier secteur de psychiatrie infanto-juvénile). Celui-ci, véritable ruche bourdonnante, a offert les premiers psychodrames psychanalytiques individuels (adaptés de Moreno), a favorisé un travail sur le langage grâce à la présence de nombreux orthophonistes (dont Borel-Maisonny), le recours aux thérapies familiales, la généralisation du travail en réseau (avec les écoles, les crèches, la PMI…).
François Mousson a surtout insisté sur la formation des soignants et l’importance du travail pluridisciplinaire.

Table ronde 1 : Le soin et le social
Président : J.F. Bauduret
Modérateur : A. Amyot

Richard Rechtman : « Psychiatrie et demande de régulation sociale »
 

Rechtman (psychiatre, anthropologue) a évoqué l’émergence de nouvelles pathologies (souffrance au travail, mal-être social, état de stress post-traumatique…) qui créent de nouveaux espaces de santé mentale. Il faudrait, selon lui, sortir du débat selon lequel, d’un côté, la subjectivité a changé, et de l’autre, rien n’a changé mais on observe un envahissement de la psychiatrie par des problèmes non psychiatriques.
Il propose la notion de « souffrance psychique », dans l’abord de laquelle les équipes psychiatriques peuvent trouver leur place. Cette souffrance représente pour lui une réponse normale à une situation anormale (il ne s’agit donc pas de sociogenèse des troubles).
Nous serions, depuis 30 ans, dans un nouveau paradigme lié à deux transformations sociales majeures : les nouvelles formes de légitimité de certains groupes (associations d’usagers…) et la modification du rapport à la psychiatrie dans sa capacité à dire ce que sont la normalité et la pathologie. Nous sommes désormais confrontés à plusieurs façons de penser la normalité.
Alors, les psys doivent-ils être les instruments de la régulation sociale, faut-il y aller ou pas ? Cette question est rendue caduque par la notion de souffrance psychique.
La vraie question est : où sont les autres ? Ceux qui n’ont pas encore réussi à faire entendre qu’ils souffraient et qui restent dans une invisibilité totale.


Clément Bonnet, Claude Finkelstein et Jean Canneva : « Evolution de la place des usagers en santé mentale ».
 

Bonnet (psychiatre) a évoqué les modifications de la cartographie de la santé mentale, la problématique de l’insertion des malades mentaux et le nouveau dialogue entre professionnels, patients et familles. Leur incidence sur les pratiques professionnelles est visible dans la nouvelle contractualisation du soin (co-production du soin, compétence du patient) et le travail collectif lié au droit des usagers (évaluation des soins et de la qualité de vie des personnes hospitalisées…). Il a insisté sur les actions de réadaptation et de réhabilitation comme moment du parcours (moments de prédominance des soins / moments de prédominance des projets d’insertion).
La co-conception des processus et des dispositifs de soin n’est pas spontanée avec des patients psychotiques, il s’agit donc de favoriser cette parole. Les associations d’usagers ont joué ici un rôle d’accélérateur.

Finkelstein (présidente de la Fnap-Psy) a invité les équipes psychiatriques à se montrer vigilantes vis-à-vis de l’évolution actuelle de la psychiatrie et de sa possible « déshumanisation ». Elle a parlé de façon touchante de son propre parcours, et en particulier du fait qu’il lui avait fallu 10 ans pour admettre elle-même qu’elle était malade et devait se soigner.  Elle a souligné le rôle des associations des malades du Sida dans la prise de conscience que des associations de patients pouvaient aider à faire bouger les choses. Le modèle des alcooliques anonymes (le « parler entre nous ») a également été fort. Si le soutien des soignants a été important au moment de la création des associations (75 actuellement dans la Fnap-Psy, surtout généralistes pour ne pas cloisonner les troubles), il est bien maintenant qu’ils s’en retirent et laissent place aux initiatives spontanées. Quand les soignants sont là, qu’il s’agisse de peur, de méfiance, ou d’excès d’amour, il est difficile pour les patients de s’exprimer librement.
Elle a insisté sur l’articulation du médical et du social, en évoquant la métaphore de « danseurs de tango », une harmonie des interventions devant être pensée.
Concernant la notion de handicap, elle a dit préférer une MDPCH (maison de la prévention et de la compensation du handicap) à la MDPH actuelle !
Elle nous laisse enfin un message impérieux : les psys sont les derniers gardiens de la liberté, ils doivent s’accrocher pour défendre l’éthique, et veiller aussi à ne collaborer qu’avec des associations structurées et proposant des interlocuteurs-usagers bien formés.

Jean Canneva (président de l’Unafam) a proposé un power point très détaillé et difficile à résumer. 15.000 familles sont actuellement concernées par la psychose, la maladie provoquant toujours un séisme dans la famille (parents, conjoints, mais aussi frères et sœurs trop souvent oubliés).
Il a relancé le débat sur la détection précoce des troubles, les manques en matière d’accueil des ados, l’abandon des exclus, des malades en prison, l’absence de réponse en matière de logement.
Il se dit satisfait de l’aboutissement de la lutte pour la reconnaissance du handicap psychique et de l’existence des GEM. Il pense qu’une évolution non-active est enfin admise par tous, loin de l’idée que tous les patients devront retravailler. Cette liberté ne doit cependant pas décourager les offres, les projets, elle ne doit pas inciter à l’abandon.
Il a évoqué trois fondamentaux dans les soins :
-          Une responsabilité de proximité claire, inconditionnelle et contenue.
-          Des conditions d’accueil humaines.
-          Une formation spécialisée pour les soignants (infirmiers…).
Il a aussi insisté sur une zone de non-expression de la demande au début des troubles, du fait du déni initial de la personne et de sa famille. Il milite pour « une responsabilité secrète et partagée, au-delà de la révolte et de l’espoir et avant l’expression d’une demande ».

La suite au prochain épisode


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La vie n'est pas ce que l'on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s'en souvient. G. Garcia Marquez
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Message Le Souci de l'humain 
C'est très interessant, je n'avais pas réussi é télécharger les interventions. Merci Hermès !

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Message Le Souci de l'humain 
Table ronde 2 : L’enfant, la famille et l’environnement
Président : R. Salbreux
Modérateur : P. Caron
 

En introduction, Caron (psychiatre) a mis l’accent sur la hausse actuelle des problèmes de maltraitance et des familles à problèmes sociaux, et également sur le fait que les psys devaient de plus en plus recevoir des familles migrantes. L’atmosphère culturelle générale a changé, les parents ayant tendance à diagnostiquer leur enfant sur internet et a venir pour la prescription !
Il a lancé un cri d’alarme concernant le non-remplacement générationnel des pédopsychiatres : 1227 en 2008, dont 122 ont moins de 50 ans et 13 moins de 40 ans (12 femmes et 1 homme). La diminution des temps de consultation incite à une sur-prescription médicamenteuse.
Il a aussi déploré que, du fait du passage premier par la MDPH, il fallait d’abord que l’enfant soit désigné comme handicapé avant de pouvoir accéder aux structures d’accompagnement scolaire (CLIS…). Il s’interroge enfin sur la survenue d’une « intégration scolaire abusive », au sens où l’on a pu parler d’internement abusif.
 

Salbreux (psychiatre) a rappelé les définitions du handicap et la révolution législative des lois de 2002 et de 2005. Il a repris les 3 valeurs d’une psychiatrie humaniste :
-       Garder comme principe l’humanité de chaque personne, ne pas cloisonner les réponses apportées à ses difficultés.
-       Soutenir le devoir de solidarité dans une société de plus en plus individualiste. Ne pas distancier son rapport au sujet, rencontrer la personne là où elle est.
-       Penser les enjeux de pouvoir et de responsabilité. Ne pas séparer ceux qui décident et ceux dont on dispose, tendance qui n’épargne personne, ni les professionnels, ni les associations de malades, ni les proches.




Bernard Voizot : « Pédopsychiatrie, loi de 2005 et situations de handicap »
 

Voizot (psychiatre) a encouragé les participants à résister aux mesures technocratiques, en pointant un certain nombre de paradoxes : s’occuper de tout le monde sans en avoir les moyens, être indépendant mais soumis aux pressions de certains lobbys, faciliter l’intégration des personnes handicapées dans une société fascinée par la performance…
Il invite à se décentrer et à essayer de penser autrement, à s’approprier les techniques d’évaluation de façon à ce qu’elles correspondent réellement à nos pratiques, à accepter des relations conflictuelles avec les différents partenaires tout en visant un partage des responsabilités, à repenser la travail avec les familles pour qu’il ne soit pas confisqué par des lobbys, à former les jeunes collègues psychiatres et psychologues. Il a conclu sur la nécessité de rester ouvert à la valeur de la dysharmonie, d’aider chacun à se percevoir avec ses manques et ses imperfections, dans une position militante.




Pascale Morange : « Sans le lien social, quelle place pour le sujet ? »
 

Morange (assistante sociale) a insisté sur l’augmentation actuelle de la vulnérabilité sociale et sur la place centrale que pouvait jouer l’assistante sociale dans le secteur psychiatrique, en tant que celle qui entretient les liens, qui est en relation avec tous les acteurs et peut donner une richesse narrative au sujet. Elle a évoqué le dysfonctionnement des MDPH, le poids croissant des protocoles, bilans, expertises… qui finissent par faire disparaître l’enfant. Elle a posé le problème de l’impensé actuel pour les enfants qui présentent des difficultés mineures ou n’entrant dans aucune « catégorie », s’est inquiétée du « tout scolarisation » alors que d’autres choix peuvent être préférables pour des enfants qui ont besoin de leurs pairs handicapés comme supports d’identification. Elle s’est félicitée d’une position plus nuancée de l’ASE (fin du « tout domicile » ou du « tout placement »), tout en déplorant que le centre de gravité de la prise en charge se déplace vers l’Education Nationale, avec les problèmes de gestion du secret professionnel que cela pose.


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