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Les pistes des chercheurs pour « réparer » le cerveau
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Les pistes des chercheurs pour « réparer » le cerveau

La Croix, 8/12/08
Denis SERGENT

Biologistes et médecins cherchent à réparer le cerveau lésé au moyen de greffe de cellules souches ou par stimulation profonde.

Dans les pays développés, la durée de vie de la population augmente. Et, avec elle, le nombre de personnes souffrant de troubles neurologiques touchant le cerveau ou le système nerveux central en général.

Du fait de cette augmentation, chercheurs et cliniciens se focalisent sur les différentes façons de « réparer » le cerveau. « Comme souvent en recherche biomédicale, il faudra sans doute faire appel à toutes les pistes disponibles », indique Pascale Durbec, de l’Institut de biologie du développement de Marseille Luminy.


Deux techniques pour remédier aux lésions du cerveau

Cette jeune chercheuse au CNRS est invitée à participer au colloque international sur la « Plasticité synaptique et réparation du cerveau » qui se tiendra les 11 et 12 décembre à Gif-sur-Yvette (Essonne). Depuis quelque temps, on assiste à une intensification des travaux de recherche dans ce domaine. Schématiquement, on peut distinguer deux techniques fondamentales pour essayer de remédier aux lésions et dysfonctionnements du cerveau humain.

D’une part les méthodes électrophysiologiques visant à corriger l’activité électrique des cellules nerveuses – neurones – en leur imprimant un courant électrique, continu et haute fréquence, à partir d’une électrode positionnée sur la zone déficiente du cerveau et d’une pile située sous la peau.

D’autre part les méthodes biologiques, dites de thérapie cellulaire, s’appuyant sur les performances des cellules souches, embryonnaires ou adultes. Ce qui n’est pas sans soulever de délicats problèmes éthiques.

Les cellules embryonnaires, prélevées sur des embryons issus de procréation médicalement assistée (PMA) et ne faisant plus l’objet d’un projet parental, pourraient être greffées dans le cerveau du malade afin que, se spécialisant en cellules nerveuses, elles remplacent les neurones morts ou déficients. Cette voie de recherche, lancée en Suède dans les années 1980, a été reprise par Marc Peschanski et son équipe de l’I-Stem (Inserm-AFM) à Évry, où, en collaboration avec l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, il est le premier à essayer de traiter des patients atteints de la chorée de Huntington, une maladie neurodégénérative monogénique, à l’aide de cellules souches.


Comment les cellules souches migrent vers les zones lésées

En revanche, les cellules souches adultes étant déjà présentes dans quelques parties du cerveau – comme le sous-vestibule, impliqué dans l’olfaction, ou l’hippocampe, siège de la mémoire –, l’enjeu de cette recherche consiste à comprendre pourquoi et comment elles migrent vers les zones lésées du cerveau, un peu comme une ambulance du Samu se fraie un chemin au travers de la jungle urbaine pour atteindre le lieu d’un accident.

Récemment, Pierre-Marie Lledo, neurobiologiste CNRS à l’Institut Pasteur, a démontré, chez le rat, l’existence de dizaines de milliers de cellules souches, dans le centre du cerveau et tout le long d’un « tunnel » menant jusqu’au bulbe olfactif.

Plus encore, il a observé qu’une lésion du tissu nasal intensifiait la transformation de cellules souches en neurones. Comme si un message était arrivé jusqu’aux cellules souches pour les prévenir qu’on avait besoin d’elles au niveau du bulbe olfactif.

Les connaissances ont fortement progressé dans ce domaine. En effet, il y a encore dix ans régnait le dogme selon lequel les cellules nerveuses ne pouvaient se multiplier chez l’adulte. Aujourd’hui, les chercheurs ont même mis en évidence plusieurs « niches » à cellules souches adultes, certains réservoirs étant épuisables et d’autres inépuisables.


Soigner les maladies neurodégénératives

« Ces cellules souches sont capables, dans certaines conditions, de se différencier en neurones (les cellules qui conduisent l’influx nerveux), en astrocytes (les cellules qui assurent le soutien et nourrissent les neurones) et enfin en oligodendrocytes qui fabriquent la myéline, cette gaine lipidique qui, à l’image d’un câble électrique, entoure les axes des neurones et est indispensable à la conduction de l’influx nerveux », explique Pascale Durbec.

Or c’est la destruction de cette gaine de myéline qui est à l’origine de la sclérose en plaques, maladie neurodégénérative touchant à la fois le cerveau et la moelle épinière, engendrant des symptômes tels que des pertes de l’acuité visuelle, des troubles de l’équilibre ou des dépressions, procédant par poussées et rémissions.

« Notre objectif est donc de comprendre les messages biochimiques que peuvent s’échanger les niches de cellules souches et les zones lésées, de façon à pouvoir, un jour, maîtriser le comportement de ces cellules de secours, en quelque sorte », poursuit la chercheuse marseillaise.

Dans le même ordre d’idée, Jean-Philippe Hugnot et Alain Privat (Inserm-université de Montpellier) ont, eux, identifié la présence de cellules souches neurales dans la moelle épinière humaine adulte. Ces cellules souches pourraient donc contribuer à réparer la moelle épinière des personnes ayant subi une lésion traumatique, mais aussi dans une maladie dégénérative qui touche les neurones moteurs, la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou maladie de Charcot.


Intervenir sur le fonctionnement électrique des cellules

L’autre grande technique consiste à intervenir sur le fonctionnement électrique des cellules et tissus nerveux par le biais d’électrodes implantées. Un peu comme un pacemaker régule le rythme du cœur des insuffisants cardiaques.

Inventée dans les années 1980 par le professeur Alim-Louis Benabid – qui a reçu le prix d’honneur de l’Inserm 2008 – et le professeur Pierre Pollak au CHU de Grenoble, cette technique, réversible, est surtout utilisée pour traiter les malades de Parkinson. Du moins certains d’entre eux. Pour le Parkinson, la « stimulation profonde » consiste à traiter les troubles de la motricité en appliquant, via une implantation stéréotaxique d’électrodes, un courant électrique dans des zones spécifiques de cerveau.

Mais l’électrostimulation pourrait être utilisée pour bien plus de troubles et lésions du cerveau qu’on ne le pensait. Ainsi, à la mi-novembre, le docteur Luc Mallet (Inserm-hôpital Pitié-Salpêtrière) et son équipe ont montré, de manière fortuite, que l’électrostimulation donnait des résultats spectaculaires contre les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), rebelles aux traitements actuels associant thérapie comportementale et antidépresseurs.



Les résultats probants de l’électrostimulation

Au bout de trois mois de stimulation, 70 % des seize patients, âgés de 29 à 56 ans et souffrant de TOC depuis dix-huit ans en moyenne, ont montré une amélioration. « Les résultats sont probants, insiste Luc Mallet. L’ajustement de la stimulation permet une disparition des deux tiers des symptômes dans la grande majorité des cas (…), mais un suivi psychiatrique reste indispensable », poursuit-il.

«La stimulation profonde reste une technique délicate et coûteuse, mais elle est aujourd’hui proposée pour d’autres pathologies invalidantes comme la dystonie déformante, une maladie infantile mortelle, ainsi qu’on le pratique au CHU de Montpellier », explique William Camu, professeur de neurologie dans le même hôpital (1).

Encore faut-il intervenir tôt dans l’évolution de la maladie, avant que les neurones ne meurent, et pour cela pouvoir disposer de tests de dépistage précoce. Mais d’une manière générale, à ce jour, « les résultats thérapeutiques obtenus par la stimulation profonde sont nettement supérieurs à ceux apportés par les greffes de cellules nerveuses embryonnaires, et se maintiennent plusieurs années », constate William Camu.

(1) Auteur de Quand meurent les neurones, éd. Dunod, 2003.

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2358704&rubId=5547



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