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L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation
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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
Bonjour à tous,
 
Je suis un jeune homme de 21 ans, ancien étudiant et bientôt écrivain sous contrat. Je souffre de dépersonnalisation depuis la fin du mois d'août. Un soir, j'ai eu un petit coup de blues en rentrant de mon job de vacances. Je ne sais pourquoi mais j'ai fait le bilan sur ma vie. J'ai dû me rendre à l'évidence :malgré ma réussite scolaire, ma vie affective est un véritable désert et je mène une existence que je n'ai pas vraiment choisie. Alors là, les larmes me sont venues. Le lendemain, quand je me suis éveillé, plus rien n'était pareil. Tout était flou, distant, déformé sans vraiment l'être. J'ai d'abord cru que cette impression bizarre était entièrement imputable à l'alcool que j'avais absorbé la veille et que ça allait se passer mais au fil des jours, j'ai bien dû me rendre à l'évidence : quelque chose avait changé, en moi ou ailleurs, je n'en savais trop rien, j'avais tellement peur...
Depuis ce temps, la situation ne s'est pas améliorée... Je vis toujours en dehors de moi-même. Enfin, si on peut appeler ça vivre...  
 
Depuis que je sais que je vais être publié, je n'ai plus qu'un seul combat : écrire pour faire connaître cette maladie horrible et méconnue. Dans ce sens, je viens de composer une nouvelle dramatique sur la dépersonnalisation et j'ai également un roman en préparation. Le roman relate l'histoire d'un étudiant en philosophie qui sombre dans la folie jour après jour tout en étant parfaitement conscient de tout ce qui lui arrive et en notant scrupuleusement les réflexions qu'il a sur la réalité effective. C'est également une satire du milieu psychiatrique où "le fou" se révèle plus lucide que ceux qui sont censés le soigner et qui lui proposent des remèdes plus abracadabrants les uns que les autres.
 
Je vous poste ci-dessous la nouvelle que j'ai écrite. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez pour la rendre la plus forte possible. Ce serait génial également de pouvoir avoir l'avis de quelqu'un qui est atteint de dépersonnalisation ^^  
 
_________________________________________________
 
L’ombre sans homme
 
Nous sommes tout deux assis en haut de la falaise et nous regardons le jour tomber sur les doux vallons des fagnes belges. Les gens d’ici appellent ce point de vue la roche à l’homme ; moi je l’appelle la roche à Dieu tant on s’y sent moins proche de la terre que des cieux. Il faut, pour s’en apercevoir, se poser quelque part et admirer la région qui s’offre à nous dans toute sa grâce discrète. Penchez-vous un instant et vous verrez de timides bâtisses en pierre s’assembler comme les grains d’un chapelet autour d’églises un peu trop trapues. Plus loin, vous noterez la présence de paisibles animaux tachetés en train de paître dans des prés bosselés. Vous distinguerez également de petites rivières bleutées courant entre les racines des hêtres et d’agréables chemins qui suivent le cours des eaux, reliant entre eux de pimpants hameaux. C’est dans cette contrée que j’ai toujours voulu vivre. Quand j’y suis venu la première fois, au seuil de mon adolescence, j’ai été touché par la douceur de ces paysages agrestes et je me suis senti à l’abri des pires maux, presque invincible. Cela peut paraître idiot mais c’est bel et bien le souvenir qui est resté gravé en moi, celui d’être intouchable, à l’abri de toutes les haines et de toutes maladies. C’est aussi pour cette raison que je suis revenu dans ce splendide pays, aux bras de mon amie, en espérant que notre escapade me serait d’un plus grand secours que les traitements rarement efficaces mais toujours onéreux que la médecine moderne m’a fait subir. Je ne vous cache pas que j’attends un miracle ce soir, en regardant le soleil se coucher sur la plus belle des régions, aux côtés de la plus belle des femmes. J’espère naïvement que leur tendresse pourra me délivrer de cette tare horrible qui est la mienne, de ce vécu angoissant qu’aucune expression ne saura jamais décrire. Ma naïveté, c’est tout ce qu’il me reste. Vous pouvez appeler ça l’espoir, l’espoir de guérir mais moi je sais bien qu’au fond, ce n’est que de la naïveté. Je me souviens parfaitement du moindre symptôme que j’ai eu à endurer durant ces longs mois d’attente, cloué sur mon lit, séquestré dans ma chambre par une réalité qui n’est plus celle que j’avais connue, par ce monde qui avait revêtu un visage grimaçant, horrible. Oui, je me souviens de chaque détail et je peux vous dire qu’on ne revient pas de cet état là, qu’on ne réanime pas un corps quand il est déjà si froid. Alors, je préfère être naïf, m’accrocher de toutes mes forces au dernier trait de caractère qu’il me reste et contempler béatement ces vaches insouciantes qui gambadent dans les prés ; tailler un brin de causette avec ces fermiers jovials qui vous parlent de leurs récoltes même si vous n’avez rien à leur dire. J’aime la campagne parce que c’est la ville qui m’a rendu malade. La ville, la grande ville, pas la petite bourgade de province, mais la Babylone puante qui vomit en permanence une marée humaine incontrôlable ; marée humaine qui court, s’affole, s’accroche au dernier wagon des trains pour prendre un quart d’heure de revanche sur le lendemain. Cette ville là, je n’aurais jamais dû m’en approcher d’aussi près. Je sais qu’elle est là par un malheureux hasard et par le fruit d’activités parfois peu reluisantes qui l’ont salie, humiliée et forcée à abriter les exilés les plus divers, arrachés à leur famille et à leur terre, pour une chambre malpropre, un canapé, une télévision et une bonne bière. Ces exilés, j’en ai fait partie. Dans un premier temps, je n’ai été étranger qu’à la grande ville, avant de devenir étranger à mon univers quotidien pour finir par ne plus me reconnaître moi-même. En vérité, j’ai couvé pendant longtemps cette étrange maladie mais je ne m’en suis aperçu que lorsqu’il était bien trop tard pour y remédier ; au moment où celle-ci m’avait déjà atteint dans mes goûts et dans mes attitudes. Alors, impassiblement, j’ai assisté à mes changements d’humeur soudains et à mes premières expériences de désorientation et de perte de ma personnalité propre. Cela se produisait quand j’errais dans des lieux aussi désagréables que les grands magasins. J’étais à chaque fois en proie à un terrible sentiment malaise qui me faisait croire que je pouvais m’évanouir à tout moment, impression renforcée par les néons aveuglants qui modifiaient mon champ de vision. J’ignore pourquoi mais cela me mettait dans un état avancé de peur et d’irritabilité, un état qui pouvait perdurer plusieurs jours et m’empêcher de m’acquitter des tâches les plus simples. Je n’ai pas été consulter durant cette période, accusant le stress et la fatigue. Cependant, au fond de moi-même, j’avais peur, très peur. Ça, c’était du temps où j’avais encore une humeur et où j’étais capable de m’émouvoir de mon propre sort, pensant aux études gâchées par cet état étrange, à l’amour inconnu, à la musique que je ne jouais pas parce qu’elle ne me touchait tout simplement plus. J’avais été jusqu’à lors de ceux qui cultivent un goût prononcé pour les choses les plus raffinées : la peinture, la poésie, l’art de la diplomatie et la bonne nourriture comptaient parmi mes centres d’intérêt. Jour après jour, toutes ces choses qui parvenaient à m’occuper de longues heures me sont devenues parfaitement indifférentes. Par exemple, si je regarde mon tableau préféré, je sais qu’il est beau mais je ne ressens absolument plus l’âme qui s’en dégage et que j’arrivais à percevoir finement auparavant. Vous l’aurez compris, ce sont tous mes sens qui se sont progressivement engourdis. Mais pas uniquement. Ma conscience du monde s’est profondément altérée au fil du temps. J’étais acteur et je suis à présent figurant. Tout comme il y a l’homme sans ombre, moi, je suis l’ombre sans homme. Impossible dans ces conditions d’exister normalement. J’ai perdu toute spontanéité ; les discussions les plus passionnées me lassent. Je n’arrive plus à émettre une opinion, un avis auquel j’adhère vraiment. Je ne parle plus ; je m’entends parler.  Je ne réfléchis plus ; je m’observe en train de réfléchir. Bref, je ne vis plus ; je me vois vivre. Au début de ma maladie, ce changement qui s’est produit en moi était ce qui m’affectait le plus profondément. Aujourd’hui, je me suis habitué à ce dédoublement. J’ai toujours été un cérébral et même si cette auto-analyse constante m’épuise au-delà du possible, me vide de toutes mes facultés intellectuelles, je ne fais rien de plus que philosopher sur moi-même et sur le monde à tout instant. Ce qui m’a vraiment effrayé, c’est quand mon environnement a commencé à changer dans sa densité, dans ses couleurs et dans ses formes, jusqu’à être plus absurde et plus irréel que le pire des cauchemars. Dans ces moments-là, je me fiche pas mal de ne plus exister. Je veux simplement que le monde retrouve son aspect originel et cesse d’être aussi menaçant. Pour y échapper, je me suis souvent forcé à dormir tout le jour en m’abrutissant avec les drogues pour schizophrène et pour maniaque qui m’ont été prescrites soi-disant pour me guérir. C’est sans doute les abus de ce genre qui m’ont amené à connaître aussi ce que les spécialistes nomment à juste titre - pour une fois - les états crépusculaires. Il s’agit d’un abaissement du seuil critique de la conscience, accompagné de déformations visuelles et auditives et d’une angoisse intense qui empêche tout mouvement. Je peux vous assurer que lorsque l’on vit ça, on se sent vraiment au crépuscule de sa vie, même si on est à côté d’une gentille jeune femme en train de regarder le soleil ce coucher sur la plus belle des régions de Belgique…
 
***
- Laurent, est-ce que ça va ? Est-ce que tu m’entends ? Réponds-moi, je t’en prie ! s’affole mon amie en me secouant.  
- Le crépuscule,… il revient me chercher, dis-je d’une voix inaudible en m’efforçant de fixer les tendres paysages qui se brouillent et se diluent pour ne plus former qu’un tableau impressionniste.  
- Tu dis quoi ?  
- N’essaie pas de comprendre, je t’assure, il vaut mieux.  
- Tu veux parler du coucher de soleil ?  
-  Non, je pensais à autre chose mais maintenant, je veux bien en parler, dis-je en me redressant.  
- Ah, tu vas mieux ?  
- Oui, ce n’était qu’un léger malaise.  
- Rentrons pour que tu puisses t’allonger, propose-t-elle en me tirant sur le bras.  
- Non, ça ira. Je veux rester sur le toit des Fagnes avec toi. Le soleil ne s’est pas encore couché. Et j’aime voir ce ciel rose, rose comme s’il saignait.  
- Moi aussi, je le trouve beau. Il ressemble à un dessin d’enfant.  
- Oui, de toute façon ici, tout est naïf et innocent. C’est pour ça que j’ai voulu venir dans cette région. Pour me sentir bien. Comme autrefois…
- Et tu nous fais un malaise.
Le silence lui répond à ma place et nos regards convergent vers les paysages. Le soleil continue de s’enfoncer sous l’horizon. Je crois que j’ai prononcé un mot de trop. Elle vient sûrement de deviner que je lui cache quelque chose.  
- Tu m’as fait si peur, reprend-elle. On n’est qu’à l’aube de notre vie et toi, tu perds conscience, tu divagues et tu parles du crépuscule. Que se passe-t-il ?  
- Attends. Oui, attends que le soleil ait disparu, que le ciel ait enfin fini de saigner et serre-moi fort contre toi. Si rien ne se passe, je t’avouerai tout. Sinon, la vie à deux commencera enfin pour nous.  
- C’est pour bientôt… Les derniers feux du jour sont éteints par la nuit qui naît devant nous, observe-t-elle.  
- Alors, patiente et taisons-nous.  
Et ma bien aimée m’entoure de ses bras, en regardant la nuit tomber. Moi, je guette l’apparition des étoiles qui se détachent peu à peu d’un ciel de plus en plus obscur. Je suis au cinéma. J’ai un décor splendide qui se déroule devant mes yeux mais ce n’est qu’un simulacre en carton-pâte. Et encore, au cinéma, les effets spéciaux sont si bien conçus que certains peuvent se laisser duper, s’abandonner l’espace d’une heure ou deux dans un foisonnement d’images enjolivées. Hélas, depuis que je suis malade, la vie m’ennuie comme un mauvais film. Non seulement, j’ai l’impression que rien n’est réel mais en plus de ça, je ne peux plus faire semblant de jouer le jeu. Je vois tout à travers un voile, un prisme, un miroir déformant, un écran plus épais que celui de n’importe quel téléviseur. Et ce soir ne fait pas exception. J’ai dans mes bras une gentille jeune femme et c’est comme si je serrais contre moi une poupée de son. Soudain, la poupée m’interpelle :  
- Alors, dis-moi, qu’est-ce qui ne va pas ? Je sens bien que ça ne s’est pas passé comme tu le voulais.  
- Ma vie devait enfin démarrer, dis-je en baissant la tête. Malheureusement, j’ai été oublié dans un endroit sans repères et sans rien d’humain. Comment te l’expliquer... Je suis bloqué dans un autre monde où tout parait faux, un monde qui n’est qu’une vilaine caricature de celui que j’ai connu et où il m’est impossible d’être moi-même. J’ai tout pour être heureux : je t’ai rencontré toi et j’ai aussi fait la connaissance d’un généreux mécène qui me permet de vivre de mon art, de mes tableaux que j’ai peint en vain durant des années. Mais je suis incapable de savourer ces moments-là, ces moments qui devraient être des moments de joie. On pourrait être bien, toi et moi, dans une jolie maison de campagne, avec nos animaux, à s’adonner chacun à notre art ; moi à la peinture, toi au dessin… Pourtant, rien de tout cela n’est possible car j’aurais sans cesse à me forcer à faire semblant ; à faire comme si j’étais capable de créer, à faire comme avant. « Comme si »… c’est bien la seule expression capable de décrire le peu que je ressens. Mais faire « comme si », c’est être obligé de te mentir, de te faire croire que je suis là avec toi et que je t’aime alors que je suis en dehors de tout, y compris de moi-même.  
- Tu veux dire que tu ne m’as jamais aimé ?  
Elle a un haut-le-cœur et fond en larmes.  
- Non, ce n’est pas ça. Tu es celle que j’aurais voulu aimer. Malheureusement, j’étais déjà mort lorsqu’on s’est rencontré. Mon cœur n’était déjà plus que cette pompe qui me maintient artificiellement en vie.    
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Pour moi, tu n’as jamais été mort. Je t’ai toujours connu vivant, incroyablement vivant.  
- Je sais mais ce n’est qu’une illusion. Ma maladie a beau être insupportable ; elle ne se voit pas, même pour mes proches. Je n’existe dans le cœur des autres que pour me rappeler que le bonheur était possible pour moi et qu’il ne l’est plus maintenant. J’existe dans le cœur des autres mais je suis seul et démuni face à la maladie, parce que personne ne peut comprendre ce que j’ai. C’est si pénible et si triste d’être aimé quand on est dans mon état.  
- Dis-moi au moins que tu pleures parfois.  
- Non, j’en suis parfaitement incapable. Je pleure seulement intérieurement. C’est un chagrin permanent pour lequel on n’a pas inventé de mouchoirs.  
- Franchement, je ne sais plus quoi te dire…  
- Ça ne m’étonne pas. Ce qui m’arrive est au-delà de toute compréhension humaine. J’en ai tellement marre que j’ai été déclarer ma mort à la commune.  
- C’est vrai ?  
- Oui et ils m’ont cru. J’avais une équipe de psychiatres avec moi. Ils ont dit aux fonctionnaires que je délirais, que j’avais tout un travail de deuil à faire et que le mieux était d’accéder à ma demande en m’offrant une parcelle de terrain dans le cimetière.  
- Alors, légalement, tu n’es plus ?      
- C’est dur à dire mais de toute façon, je me fiche des lois. Je l’ai fait avant tout pour qu’on essaie de comprendre enfin de quoi je souffre et pour ne plus avoir à mentir à ceux que j’aimais quand j’étais normal.  
Ma chérie, toi aussi, oublie-moi. Il me reste une seule chose à faire ici-bas : te trouver quelqu’un de bien, quelqu’un qui aura de la musique dans la voix et des constellations entières dans les yeux. Je lui léguerai en héritage tout l’amour que je n’ai pas su te donner. Je ne suis plus égoïste ; qu’importe celui qui aime pourvu qu’il le fasse sincèrement…
Je m’arrête là. Elle me considère longuement avec des yeux remplis de larmes puis annonce, de sa petite voix :  
- Puisque tu ne peux pas recevoir mon amour, je t’accorde ma confiance. Trouve-le moi, cet homme. Tu as de bons goûts, tu ne me décevras pas.  
Sa réaction me sidère. Je ne m’y attendais vraiment pas. Pendant quelques frêles secondes, tout redevient clair pour moi. Les Fagnes m’apparaissent à nouveau telles que je les ai connues et mon amie telle que je l’ai rêvée. La glace qui me sépare d’elle, qui me sépare du monde s’effondre. Mon esprit se lie à nouveau à mon corps et je peux sentir la fraîcheur du soir descendre sur ses cheveux d’or qui scintillent dans la nuit naissante comme les étoiles les plus proches. Mille émotions m’envahissent mais une seule demeure, s’enracine en moi : la colère. Et puis soudain, les morceaux de verre s’assemblent et la glace se reforme. Mon esprit reste prisonnier d’un côté et mon corps de l’autre. C’est alors que je suis en proie à une terrible hallucination, la seule que j’aurai mais qui me sera fatale. Je vois mon amie dans une église, en train de se marier avec un inconnu qui l’aime sans passion. Elle est élégante dans son voile de mariée, son voile aussi transparent que le fantôme que je suis devenu. La cérémonie est tellement puissante, fastueuse que la marche nuptiale résonne depuis le chœur de l’église jusqu’ici, en pleine nature. Sans réfléchir, je me laisse dominer par cette étrange vision. Je serre à mon tour mon amie dans mes bras si fort qu’elle aurait pu finir par étouffer et je bascule avec elle en avant, arrivant au bord de la falaise avant de sombrer dans le vide, ce vide qui m’a habité durant de longs mois et qui m’attendait ici, dans les Fagnes belges, où je pourrai mourir décemment, en accord avec moi-même.  
   
***
 
Un petit mot d’explication…  
 
La dépersonnalisation est un trouble dissociatif pouvant également survenir en cas de dépression. Il s’agit d’un trouble assez fréquent, mais souvent passager et léger. Dans certains cas, le trouble s’intensifie et s’installe durablement. Sur le net, des témoignages de personnes vivant avec la maladie depuis de nombreuses années abondent et font état d’une souffrance morale « au-delà de ce qui est humainement supportable. » Beaucoup finissent par se suicider. A ce jour cependant, aucun traitement médicamenteux ne s’est avéré efficace et très peu d’études fiables ont été menées sur cette étrange maladie.    

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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
Bienvenue inlimbo !

Je n'ai pas encore eu le temps de lire ton texte, mais je le ferai ce week-end.

Un petit rectificatif cependant : la dépersonnalisation n'est pas un trouble en soi, ni une "maladie", mais un symptôme qui se rencontre dans des tableaux cliniques très différents. Des traitements, notamment anxiolytiques, peuvent le combattre efficacement. Enfin, les connaissances scientifiques concernant ce symptôme sont très fiables.

En tant que romancier, tu as tous les droits dans un ouvrage de fiction, mais nous sommes ici sur un forum psy qui a pour but de fournir des connaissances valides. Attention à ne pas mélanger les deux.


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« Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est difficile de le trouver en soi. Il est impossible de le trouver ailleurs. » N. de Chamfort
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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
Bonjour inlimbo 

Je n'ai pas tout lu non plus..

Mon interrogation serait, j'ai lu pas mal d'essai, de nouvelles de personnes désirant se faire publier et c'est la galère en général, connais tu des éditeurs, ou c'est après l'envoi de tes écrits que tu as été encouragé à continuer ?
Bon, je suis un peu curieuse Embarassed

@+
dom

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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
Merci à vous deux pour vos réactions ^^

Citation:

Un petit rectificatif cependant : la dépersonnalisation n'est pas un trouble en soi, ni une "maladie", mais un symptôme qui se rencontre dans des tableaux cliniques très différents. Des traitements, notamment anxiolytiques, peuvent le combattre efficacement. Enfin, les connaissances scientifiques concernant ce symptôme sont très fiables.


J'ai consacré les derniers mois de ma vie à recueillir des témoignages sur le net et de visu de personnes atteintes de ce trouble. "Mon petit mot d'explication" se fonde entièrement sur ces échanges et non sur une interprétation psychiatrique classique, étant donné que le récit met en scène le vécu d'un malade décrit par lui-même et non par un intervenant extérieur. S'il est certes vrai que la dépersonnalisation peut être un symptôme d'autres maladies mentales, elle apparaît de manière isolée dans de nombreux cas. Beaucoup de psychiatres ignorent même jusqu'à son existence et prescrivent souvent des traitements à base de neuroleptiques, d'antidépresseurs et d'anxiolytiques, ces derniers étant les moins efficaces (toujours d'après les témoignages). La vérité est malheureusement que la dépersonnalisation, pour la majorité de ceux qui en souffrent, est un trouble chronique qui ne se guérit pas, ou du moins pas complètement. Sinon, on ne trouverait pas autant de personnes qui en souffrent depuis 1 ans, 5 ans, 10 ans,...
 
Citation:

Mon interrogation serait, j'ai lu pas mal d'essai, de nouvelles de personnes désirant se faire publier et c'est la galère en général, connais tu des éditeurs, ou c'est après l'envoi de tes écrits que tu as été encouragé à continuer


Dans mon cas, j'ai écrit mon premier roman en quatre mois, je l'ai relu, je l'ai envoyé pour avis à trois petites maisons d'édition pratiquant le compte d'éditeur et j'ai reçu deux réponses favorables.
En fait, ce n'est la galère que si 1) On envoie son roman à des grandes maisons d'édition qui ne publient presque que des best-seller et qu'on attend naïvement leur réponse. 2) On envoie un manuscrit qui n'a pas été un minimum relu et travaillé.

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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
Merci inlimbo pour la réponse répondant à ma question sourire .
Je pense que certains auteurs en herbe seront encouragés !

Mettre des mots sur le ressenti des "troubles" psy... je pense que ça doit être très compliqué pour ceux qui les vivent. Souvent les personnes qui en souffrent n'en parlent pas même avec ceux qui ont pu connaitre ce qui est appelé par un même terme, chacun est différent, réagi et perçoit différemment, car il n'y a pas vraiment de mots pour exprimer cette souffrance.

Pourquoi pas une fiction, sans nommer le trouble afin de ne pas heurter ceux qui en souffre vraiment.

Bonne journée
dom

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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
Bonjour Inlimbo,

Il y a quelque chose que je ne comprends pas dans ton histoire (pas l'histoire-le roman, ton histoire à toi), c'est que tu parles très bien du vécu quotidien avec ce trouble qui est très invalidant, mais tu sembles baser ton opinion sur l'efficacité des traitements et la connaissances scientifiques sur ce trouble, sur les seuls témoignages de personnes rencontrées sur le net.

Pour moi et d'après mes expériences de psychiatres que j'ai rencontrés, tous semblaient parfaitement connaitre ce trouble. Ce sont d'ailleurs eux, ces mêmes psychiatres, qui m'ont rassurée à ce sujet.

A te lire j'ai le sentiment que lorsqu'on à ce trouble, on n'a plus qu'à l'accepter et se faire à l'idée qu'on finira sa vie avec en serrant les dents, sans chercher à se soigner puisque tout est de toute manière inefficace et inutile. Mais ça ne correspond pas à ce que je connais, moi. Enfin pour le peu que je connaisse de ce trouble.


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Penser c'est frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude [L.Adler Dans les pas d'Hannah Arendt]
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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
Citation:
Mettre des mots sur le ressenti des "troubles" psy... je pense que ça doit être très compliqué pour ceux qui les vivent. Souvent les personnes qui en souffrent n'en parlent pas même avec ceux qui ont pu connaitre ce qui est appelé par un même terme, chacun est différent, réagi et perçoit différemment, car il n'y a pas vraiment de mots pour exprimer cette souffrance.


C'est d'autant plus difficile quand la perte de la personnalité propre - et donc du style littéraire - est au coeur du trouble en question. Et ça l'est encore plus quand tout ça s'accompagne d'un fort émoussement affectif. Aujourd'hui, heureusement, grâce à la musique et à la littérature, je réapprends à avoir des sentiments plus ou normaux. Je pense sincèrement que si je n'avais pas pu reprendre mes activités littéraires pour exorciser tout ça, je ne serais plus de ce monde...
Pour ce qui est de la sensibilité subjective dans le vécu de dépersonnalisation, j'ai été fort étonné de trouver des témoignages qui exprimaient par les mêmes mots les mêmes symptômes que j'avais ressentis. Donc, je pense qu'il est possible avec un tel sujet de toucher à la fois ceux qui en souffrent et ceux qui ne connaissent pas ce trouble.

Citation:
A te lire j'ai le sentiment que lorsqu'on à ce trouble, on n'a plus qu'à l'accepter et se faire à l'idée qu'on finira sa vie avec en serrant les dents, sans chercher à se soigner puisque tout est de toute manière inefficace et inutile. Mais ça ne correspond pas à ce que je connais, moi. Enfin pour le peu que je connaisse de ce trouble.


Ce n'est pas tout à fait ça... Franchement, je serais heureux de pouvoir enfin entendre quelqu'un me dire : "j'ai souffert de la même chose que toi, j'ai suivi mon traitement et regarde comme je m'en suis sorti." Mais ce genre de cas, je n'ai pas encore eu l'occasion d'en croiser. La vérité est qu'il n'existe pas de traitement spécifique pour ce trouble, qui est souvent traité avec les mêmes médicaments que la schizophrénie. Alors, chez quelques uns ça marche mais chez d'autres pas. Moi, je ne voulais absolument pas voir ce mal horrible me voler ma vie, mes amis, mes études et mes petites joies quotidiennes. Hélas, après avoir expérimenté toutes les combinaisons possibles et imaginables de médicaments, j'ai bien été obligé de l'accepter et d'essayer de vivre avec au quotidien, de faire comme si rien n'avait changé. C'était ça ou le suicide. Enfin, je suis content d'avoir pu mettre un pied dans le monde de l'édition avant de tomber malade. Je peux me dire : "tu as atteint l'un de tes buts. Au moins, tu n'as pas vécu pour rien. Tu te rends compte ? Comme ça, du premier coup, tu vis l'un de tes rêves les plus fous : être édité. Même si désormais ta vie n'a plus de consistance qu'un rêve... " 
 

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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
inlimbo a écrit:
Hélas, après avoir expérimenté toutes les combinaisons possibles et imaginables de médicaments, j'ai bien été obligé de l'accepter et d'essayer de vivre avec au quotidien, de faire comme si rien n'avait changé. C'était ça ou le suicide.



Tu dis que tu es atteint de ce trouble depuis la fin du mois d'août.

En 4 mois, tu as eu le temps de te rendre compte que ça ne disparaissait pas tout seul (quelques semaines je suppose), de voir un médecin qui t'envoie chez un psy (quelques semaines d'attente en général), de trouver le psy qui te convient (plusieurs mois dans mon cas), de prendre un traitement et de t'apercevoir qu'il ne fonctionne pas (plusieurs semaines pour faire effet), d'essayer un second traitement dans les mêmes conditions, puis un troisième et ainsi de suite jusqu'à avoir fait le tour de tous les traitements disponibles ?

Je pense que tu t'es résigné mais que tu n'as pas fait le tour des possibilités de soin.... 


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Penser c'est frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude [L.Adler Dans les pas d'Hannah Arendt]
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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
C'est surtout que je commence à être vraiment fauché et que je me demande l'intérêt de continuer à me ruiner pour des médicaments qui, à part des effets secondaires, ne m'apportent pas grand-chose... Malgré tout, je m'accroche parce que je veux retrouver mon état normal plus que tout et que je serais prêt à dépenser l'entièreté des maigres revenus qu'il me reste s'il l'on m'assurait qu'un tel traitement pourrait me guérir à coup sûr.
Je me suis même résolu à abandonner mes études et à chercher du travail pour pouvoir continuer à les payer, ces médicaments. En gros, maintenant, je vais devoir bosser pour l'industrie pharmaceutique...
 
Sinon, je suis passé directement au psychiatre, puis, en désespoir de cause, j'ai été consulter dans un hôpital psychiatrique avant de revenir au psychiatre. Je ne voulais pas perdre de temps, sachant que mon généraliste me serait de peu de secours face à la spécificité du trouble. Cela m'a laissé le temps de suivre cinq traitement en 4 mois. Et aucun ne fut efficace. Et je suis loin d'être le seul dans ce cas.

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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
Je n'y connais pas grand chose en médicaments psy, mais à ce que j'en sais, il faut un certain temps avant qu'ils fassent leur effet, à moins qu'on ne t'est prescrit que des anxiolitiques.
Les médicaments sont en général remboursés par la sécu, même si la somme est à avancer, avant le remboursement ; bien qu'avec la carte vitale et la carte mutuelle, on n'a rien à avancer !

J'espère que tu arriveras à retrouver ton état normal, comme tu dis, aussi en préservant ta vie d'avant.

Bon courage.

dom



Dernière édition par dom le Sam 3 Jan 2009 - 18:48; édité 1 fois
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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
5 traitements différents en 4 mois ? prescrits je suppose par plusieurs médecins ? en effet, tu as du avoir plus d'effets secondaires que d'effets bénéfiques... Et la psychothérapie, tu l'as jugée inefficace sans avoir réellement essayé aussi je suppose ?
Je pense qu'il faudrait vraiment que tu songes à trouver un vrai soutien professionnel pour pouvoir démarrer des vrais essais de traitements. Enfin c'est ce que je ferais si c'était moi parce que je n'aime pas souffrir inutilement, mais chacun est libre de faire comme il veut.

Pourquoi tu dis que les médicaments coûtent cher, tu n'as pas d'assurance maladie ?


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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
On s'est croisé Séverine 

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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
T'as vu, quand les bavardes se croisent ?


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Penser c'est frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude [L.Adler Dans les pas d'Hannah Arendt]
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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 
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J'espère que tu arriveras à retrouver ton état normal, comme tu dis, aussi en persévérant ta vie d'avant.

Bon courage.

dom



Merci sourire

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Les médicaments sont en général remboursés par la sécu, même si la somme est à avancer, avant le remboursement ; bien qu'avec la carte vitale et la carte mutuelle, on n'a rien à avancer.



On ne connait malheureusement pas ce système-là en Belgique. Seules les consultations sont remboursées Sad

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5 traitements différents en 4 mois ? prescrits je suppose par plusieurs médecins ? en effet, tu as du avoir plus d'effets secondaires que d'effets bénéfiques..



J'ai laissé quand même à chaque fois 4 semaines à la potion magique ce qui, vous me l'accorderez, est suffisant même pour les traitements à effet différé. Et la potion magique a démontré à chaque fois les mêmes effets : légère amélioration les premiers jours puis plus rien, seulement une grosse fatigue qui me faisait dormir pas moins de 15 heures par jour et me vidait de toute pensée propre au réveil, m'empêchant de vaquer à mes travaux et à mes textes en cours.

Cette potion magique, elle a été composée de Risperdal, puis de Zyprexa et de Temesta, puis de Zyprexa, d'effexor et de Xanax, puis de Xanax de somnifères et d'hypotenseurs et aujourd'hui, j'en suis au Séroquel et au Xanax... Et le tout m'a bien coûté plus de 300 euro avec les consultations psy en déduisant les remboursements de la mutuelle, ce qui est considérable pour un étudiant issu d'un milieu ouvrier. 300 euro dépensés pour rien puisque 1) c'est moi qui ait tout découvert au sujet de ma maladie et non les psy qui m'ont parlé vaguement de "dissociation" 2) Aucun de ces traitements ne s'est révélé efficace.

Alors moi, comme je veux guérir plus que tout, la potion magique, je suis d'accord mais quand elle aggrave mon état au lieu de l'arranger, je dis stop. Surtout qu'il est bien connu que des médicaments comme le Zyprexa peuvent être mortels http://www.dailymotion.com/video/x44aad_zyprexa-danger_tech

Citation:


Et la psychothérapie, tu l'as jugée inefficace sans avoir réellement essayé aussi je suppose ?



Le problème avec la psychothérapie, c'est que vu la législation en vigueur, je peux très bien me dire psychotérapeuthe si cela me chante. Et encore, moi, j'ai eu quelques cours là-dessus  Mr. Green

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Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 



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Aussi longtemps que les ours n'auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur.
(proverbe africain, personnalisé)
Message L'ombre sans homme, une nouvelle sur la dépersonnalisation 


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