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Enfance maltraitée : l'ampleur du problème serait sous-estimée en France
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Enfance maltraitée : l'ampleur du problème serait sous-estimée en France

L'ampleur de la maltraitance des enfants est sous-estimée en France : elle pourrait concerner au moins un enfant sur cent et même beaucoup plus, selon une pédiatre épidémiologiste de l'Inserm, coauteur d'un ouvrage dressant un bilan inquiétant.

En fait, "avec quelque onze millions d'enfants de moins de quinze ans, la France compterait au moins 100.000 enfants maltraités physiquement, estime auprès de l'AFP Anne Tursz, directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche (Inserm).

Si on adoptait une définition aussi large de la maltraitance que celle retenue dans une publication récente de la revue médicale The Lancet, il est probable, dit-elle, qu'on pourrait, en France également, parler de 10% d'enfants de moins de 15 ans victimes de violences physiques, psychologiques, sexuelles, de négligences ou de situation de risque pour la sécurité, la moralité, l'éducation, la santé. C'est là toute la différence que les professionnels français font entre deux notions: l'enfant maltraité, l'enfant en danger.

Cosigné de Pascale Gerbouin-Rérolle (Inserm), le livre "Enfants maltraités" (éditions Lavoisier, 220 pages, 49 euros) dresse un premier bilan de l'ampleur du problème en France.

"Entre 1996 et 2006, les mauvais traitements à enfants de moins de 15 ans recensés par la gendarmerie et la police ont plus que doublé" (de 6.000 à 13.500 cas), poursuit Anne Tursz.

Les viols sur mineurs représentent 55% de l'ensemble des viols, tandis que pour les agressions sexuelles, les mineurs comptent pour 63% des cas.

"Globalement, les perpétrateurs des mauvais traitements appartiennent essentiellement à la famille (parents naturels)", dit-elle.

Et "contrairement aux idées reçues, la maltraitance envers les enfants n'est pas cantonnée aux populations précaires, mais reste indépendante du niveau socio-économique et touche donc aussi les classes aisées", relève-t-elle.

"Le taux d'homicide le plus élevé de tous les âges de la vie concerne les enfants de moins d'un an. En 1993 (dernière année où les statistiques de la police et la gendarmerie nationales donnaient des chiffres séparés pour les nourrissons de moins d'un an) ceux-ci représentaient 1,2 % de la population française et 3,8% des homicides", indique Anne Tursz.

En 2005, ces chiffres étaient respectivement de 1,3% et 2,5% pour les statistiques de mortalité du CépiDc de l'Inserm (dont les chiffres d'homicides sont toujours inférieurs d'environ 30% à ceux de la police et de la gendarmerie).

La sous-estimation des homicides de nourrissons de moins d'un an est telle qu'elle peut être corrigée en multipliant les chiffres officiels par un chiffre de 3 à 10, selon l'auteur.

"Dans les affaires graves d'homicides, les pères sont majoritairement responsables du décès lié au secouement du bébé alors qu'en cas d'infanticide à la naissance ("néonaticide") perpétré par la mère, le père est exceptionnellement inquiété et accusé de complicité ou de refus de dénonciation de crime, même quand il est là quand sa femme accouche dans les toilettes et qu'il voit le petit corps", constate la chercheuse.

Les auteurs pointent l'absence de statistiques provenant des urgences hospitalières, pourtant principal lieu d'accueil des enfants victimes de mauvais traitements, et les carences de données provenant des médecins libéraux, pédiatres et généralistes.

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La mort cachée des bébés

grand angle - Enfants maltraités, secoués ou tués dès leur naissance: chez les moins d’ un an, nombre de violences et d’homicides ne sont pas détectés.
CÉCILE DAUMAS


Ces derniers mois, Hélène Romano, psychologue au Samu du Val-de-Marne, a été confrontée à trois morts violentes de très jeunes enfants. «Le premier, un nourrisson de 2 mois, est décédé de malaises consécutifs à des secouements. C’est ce qu’on appelle le syndrome du bébé secoué. Le deuxième a été tué à la naissance. C’est un néonaticide, dont les mères sont généralement auteures. Le troisième, un garçon de 14 mois, a été jeté par la fenêtre par sa maman alors que la sœur de 14 ans tentait de l’empêcher de commettre un tel geste.» Officiellement, un petit nombre de bébés sont victimes chaque année en France de mort violente : dix à vingt cas d’homicides d’enfants de moins d’un an (1). Mais ce chiffre est totalement sous-estimé, affirme le Dr Anne Tursz, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Depuis plus de dix ans, cette pédiatre quinquagénaire épluche les données sur la maltraitance et la mortalité infantiles fournies en vrac par les hôpitaux, la justice, la police ou la gendarmerie. Avec sa collègue Pascale Gerbouin-Rérolle, elle vient de publier un ouvrage minutieusement documenté, Enfants maltraités (2), qui fait le bilan des connaissances statistiques et épidémiologiques sur le sujet. Son constat ? «Atterrant, dit cette scientifique pourtant rompue à la mesure statistique. La sous-estimation des homicides de nourrissons de moins d’un an est telle qu’on peut proposer une correction en multipliant le chiffre officiel par 3 à 10.» Ce ne serait plus 10 ou 20 mais au moins 30 et jusqu’à 200 bébés qui seraient tués chaque année.

«Les affres de l’inconscient»

En France, pays où l’on est fier de procréer (pratiquement deux enfants par femme, un record européen), on préfère ne pas évoquer ces morts masquées, esquivées. Paradoxalement, de tous les âges de la vie, c’est avant un an que le petit de l’homme risque le plus d’être victime d’un homicide. Les bébés secoués sont très jeunes : moins de 4 mois en moyenne. Et les néonaticides concernent par définition les nouveau-nés. Les auteurs de ces meurtres d’enfants ? Les parents le plus souvent. Avec l’affaire Courjault, la France découvre, à l’été 2006 qu’une mère, bien sous tous rapports, peut éliminer son enfant à la naissance. Et même le conserver dans la glace. C’est en Corée, où travaille son mari, que deux petits corps sont trouvés dans le congélateur de cette femme décrite comme une mère affectueuse. Au bout de quelques mois, Véronique Courjault avoue avoir étranglé trois nouveau-nés en 1999, 2002 et 2003. Elle est mise en examen pour assassinats et attend d’être jugée. Son mari, fils de bonne famille, assure n’être au courant de rien. Le 23 janvier, la justice dira s’il peut ou non bénéficier d’un non-lieu.

«Cette affaire nous renvoie à quelque chose qu’on ne supporte pas, analyse Sophie Marinopoulos, psychologue et psychanalyste, auteure de la Vie ordinaire d’une mère meurtrière, livre inspiré de ce fait divers [3]. Notre société est en plein progrès et en pleine maîtrise : on a su faire reculer la mort, on récupère de grands prématurés. On a l’impression d’être tout puissants et cette femme nous démontre le contraire en nous plongeant dans les affres de l’inconscient. On pense que les auteurs d’infanticides sont des jeunes filles un peu paumées qui ne savent pas prendre la pilule. En s’accrochant à cette représentation, on se défend de l’idée que nous aussi, nous pourrions un jour être projetés dans ce type de drame.» En réalité, les néonaticides se commettent dans tous les milieux sociaux et le plus souvent, ne défraient pas la chronique.

Au fil de ses recherches, Anne Tursz a levé un autre lièvre. «La très grande majorité des nourrissons décèdent de maladies clairement identifiées [anomalies congénitales ou maladies infectieuses]. Mais 20 % meurent dans des circonstances complexes à analyser. Dans ces 20 %, un quart à un tiers peuvent être considérés comme des homicides.» Ainsi a-t-elle mis au jour un phénomène troublant. On enregistre chez les bébés de moins d’un an un taux très élevé de décès dits accidentels, alors qu’ils ne marchent pas encore et encourent normalement peu de risques. Ce taux est pratiquement le double dans la catégorie des 1 à 4 ans, qui, en revanche, est la plus exposée aux dangers. «Dans ces situations, souligne Hélène Romano, psychologue du Samu qui a travaillé avec Anne Tursz, le bébé décède d’un passage à l’acte où l’intention de tuer n’est pas manifestée consciemment. Les parents parlent d’"accident", sans toujours réaliser qu’ils puissent avoir une quelconque responsabilité dans le drame.» Ainsi, un nourrisson est laissé endormi dans un couffin posé au sol d’une cuisine avec un berger allemand à proximité. Un autre, dans un bel appartement de 150m2, est placé sur la table vitrocéramique encore allumée. «Nous incluons également dans cette catégorie, poursuit la psychologue du Samu, les bébés secoués qui décèdent sans qu’il y ait d’autres traces de maltraitance.»

Les mots sont souvent identiques. «Il faisait exprès de pleurer», disent les parents. Comme dans une inversion des rôles, ils se sentent victimes de leur progéniture. Hélène Romano relate par exemple le décès, suite à une hémorragie méningée, d’Adrien, âgé de 3 mois (4). Son père, un ingénieur de 25 ans, est mis en cause. «Je ne supportais pas ses cris, dit-il. Je voulais qu’il se taise, j’étais désemparé devant ses pleurs […], j’étais débordé, je ne me suis pas rendu compte de ce que je faisais, j’avais le sentiment de ne pas être moi-même.» Des études américaines démontrent que le pic de la courbe des bébés secoués suit très exactement celui des pleurs. Et selon une enquête d’Anne Tursz menée dans trois régions (5), les pères seraient davantage impliqués que les mères dans ces décès.

Plus que des problèmes économiques ou de pathologies mentales (ce type de profil est rare chez les meurtriers), c’est la carence affective et la difficulté d’être parent qui peuvent conduire à des maltraitances, souvent impensables, sur de très jeunes bébés. «Un défaut d’attachement à la naissance entre les parents et le jeune enfant», explique Anne Tursz. La chercheuse met en avant deux situations médicales particulièrement dangereuses : la grande prématurité, source d’hospitalisation néonatale prolongée, et la dépression du post-partum de la mère.

Parents en détresse

Si chaque histoire de maltraitance est singulière, la psychanalyste Sophie Marinopoulos recoupe des faisceaux d’indices. Comment un parent peut-il supprimer ce qu’il est censé avoir ardemment désiré ? Le premier enfant arrive de plus en plus tard chez des couples qui veulent stabilité conjugale et sécurité financière, et souhaitent profiter de la vie. «Ils vivent longtemps avec un bébé imaginaire dans la tête, remarque la psychanalyste, ils ont le temps de le rêver. Mais quand ce bébé devient réel, ils ne savent pas comment faire et sont pris de panique. Démunis et dans une grande souffrance, ils peuvent alors démarrer des gestes inappropriés : ils secouent des enfants dont ils se sentent persécutés. Cet enfant attendu comme un prolongement de soi, une image de la perfection, ne correspond plus à leur attente.»

Pour le corps médical, les morts soudaines de très jeunes sujets sont des situations délicates à gérer. «Déjà éprouvés par la mort de leur bébé, les parents sont épouvantablement choqués qu’on puisse les soupçonner», explique le Pr Michel Roussey du CHU de Rennes. Lors d’un colloque en novembre à l’université Rennes-II (6), ce pédiatre très engagé dans la lutte contre les maltraitances évoquait les cas problématiques de morts subites du nourrisson. Grâce aux nouvelles recommandations de couchage (sur le dos et non plus sur le ventre), ces décès que la médecine peine toujours à expliquer ont diminué de 75 % depuis quinze ans. «Bien évidemment, nous croyons la grande majorité des parents car 90 % des morts subites de nourrisson sont bien réelles, dit le Pr Roussey. Malheureusement, quand l’enfant a été mis en danger, nous ne devons pas les croire. Environ 10 % des morts subites du nourrisson sont en fait des homicides masqués.»

Bleus, fractures et brûlures

Parfois, la maltraitance est visible et le signalement à la justice rapide : des bleus ou des brûlures de cigarette, une radio qui révèle de fractures anciennes, un scanner qui détecte des hématomes entre les méninges et le cerveau, indice que le bébé a été secoué. «Nous hésitons beaucoup plus, explique Elisabeth Briand-Huchet, pédiatre à l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart, quand l’histoire racontée par les parents ne colle pas tout à fait avec les lésions trouvées chez l’enfant. Nous sommes face à des familles déjà angoissées. La suite de l’affaire dépendra donc du profil et de l’expérience du médecin.» Certains préfèrent épargner aux familles l’épreuve supplémentaire de la confrontation avec la justice. D’autres ne songent même pas aux sévices. «Les services sociaux se sont focalisés sur les familles précaires, dit Anne Tursz, de l’Inserm, mais nos études montrent que les familles de cadres sont également représentées, notamment dans les cas de bébés secoués. Une des difficultés pour les médecins est d’imaginer que leurs pairs, avocats ou ingénieurs, puissent être auteurs de tels actes. La maltraitance en milieu aisé est totalement sous-évaluée.»

Faute d’investigation médicale et de signalement à la justice, de nombreuses morts violentes d’enfants de moins d’un an ne sont donc pas détectées. Des recommandations ont été émises en 2007 par la Haute Autorité de la santé : investigation approfondie des causes de la mort en milieu médicalisé, généralisation de l’autopsie, qui n’est pas toujours réalisée, meilleure prise en charge des parents. «Mais nous manquons de moyens pour appliquer ces mesures», déplore Elisabeth Briand-Huchet, coprésidente du groupe de travail de la Haute Autorité, avec Anne Tursz. La France compte seulement deux médecins légistes spécialisés en pédiatrie.


(1) Selon le centre d’épidémiologie de l’Inserm qui recense les causes médicales de décès. (2) Ed. Lavoisier, 49 euros. (3) Ed. Fayard, 14 euros. (4) Dans l’étude «On tue un bébé,réflexions sur les processus psychiques conduisant à des homicides sur mineurs de un an», H. Romano, 2008. (5) Etude épidémiologique des morts suspectes de nourrissons (1996-2000) menée en Bretagne, Ile-de-France et Nord-Pas-de-Calais, Inserm. (6) Colloque sur le meurtre d’enfant organisé par l’Institut de criminologie et de sciences humaines de Rennes-II.

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Démunis et dans une grande souffrance, ils peuvent alors démarrer des gestes inappropriés : ils secouent des enfants dont ils se sentent persécutés


J'ai reçu une jeune femme qui vivait quelque chose de comparable, même si ce n'était pas lié à l'écart enfant imaginaire-enfant réel mais à une autre problématique. Elle exprimait très bien à quel point les pleurs d'un bébé peuvent devenir persécuteurs et complètement insupportables pour une mère fragile. Elle a eu le réflexe de demander de l'aide à temps, mais on voit très bien comment une femme plus isolée peut complètement perdre les pédales devant un bébé qui refuse de s'alimenter, hurle jour et nuit, etc.

Un travail de prévention devrait être fait dans les maternités (dépistage des situations compliquées, information des mères sur les aides possibles...), mais comme là aussi le rendement est à la mode et qu'il faut laisser le lit à la suivante, on renvoie chez elles des femmes qui se sentent très mal à l'aise avec leur bébé, sans penser aux conséquences possibles.



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