Questions Psy Index du Forum
S’enregistrerRechercherFAQMembresGroupesConnexion
Répondre au sujet Page 1 sur 1
Un toit pour les malades psychiques, une urgence
Auteur Message
Répondre en citant
Message Un toit pour les malades psychiques, une urgence 
Un toit pour les malades psychiques, une urgence

La Croix, 25/03/2009

Comme tous les enfants, ceux qui souffrent de psychose doivent un jour quitter le nid familial mais les familles ont du mal à trouver un logement adapté à leur handicap spécifique.

Il est dans l’ordre des choses qu’un jour les enfants quittent la maison familiale. Jour initiatique qui place le jeune sur le chemin de son autonomie. Et même si la machine à laver tourne encore parfois pour eux, le mouvement est lancé et entraîne la vie dans le bon sens. Certes, la séparation provoque toujours quelques inquiétudes et la recherche d’un logement a ses difficultés. Mais rien qui ne soit insurmontable en temps ordinaire. Surtout rien de comparable à ce qu’ont à assumer les parents d’un jeune adulte souffrant d’une maladie psychique.

Pourtant, pouvoir habiter un chez-soi est un désir et une nécessité pour eux aussi. « Comme tout un chacun, et sans doute encore davantage pour lui, rappelle le docteur Guy Baillon, psychiatre des hôpitaux, le malade psychique doit pouvoir quitter ses parents et s’éloigner du domicile familial. Le droit au logement est un droit universel et c’est la condition des soins dont il a besoin. »

Une nécessité et un droit qui représentent un véritable parcours du combattant pour les parents. Les obstacles rencontrés sont multiples, dont la plupart sont liés à la spécificité de la maladie psychique et au handicap qui en découle.

Le plus souvent, c’est épuisés par plusieurs années de cohabitation avec leur enfant au comportement imprévisible et perturbé que les parents posent les premiers jalons de la recherche d’un lieu de vie pour lui.

« À Écoute-Famille (1), nous recevons des appels de parents littéralement pris en otage chez eux par leur enfant ou qui se trouvent confrontés à des situations insupportables, du fait des symptômes ou des passages à l’acte (tentatives de suicide, comportements bizarres, etc.)», racontent Marie-Laure Matho et Chantal Huguenin, toutes deux psychologues cliniciennes. « Implicitement ou explicitement, notent-elles, ces parents veulent trouver une solution qui permette à leur enfant de vivre en dehors de la maison familiale, car la vie n’y est plus possible.» Pour eux et les éventuels frères et sœurs, c’est souvent une question de survie, tant la maladie psychique est destructrice du lien.

Des logements dans la cité


Il est d’autres situations où c’est le jeune malade lui-même qui revendique son droit à l’indépendance, et sa volonté de quitter la maison. « J’en ai marre d’être avec vous, j’ai 26 ans quand même, j’ai envie de me casser et d’être chez moi », répète à l’envi à ses parents Damien, 30 ans, atteint de schizophrénie.

Les parents de Damien comprennent la légitimité de la demande de leur fils, diplômé d’une grande école de commerce, mais savent aussi à quel point il est difficile de la satisfaire. « Ce qui est terrible, explique son père, c’est qu’il ne réalise absolument pas qu’il n’est pas capable de vivre seul pour l’instant, d’autant qu’il nie sa maladie et donc ne prend pas son traitement. »

Là est le paradoxe douloureux de ces hommes et de ces femmes qui éprouvent les mêmes désirs que les autres, mais ont en eux l’impossibilité de les réaliser. Le « peut qui veut » brandi par les parents et les éducateurs perd tout son sens dès lors qu’il s’adresse à celui qui veut sans pouvoir.

D’où qu’elle vienne, des parents épuisés ou du jeune avide de normalité, cette revendication de l’autonomie est soutenue et encouragée par les soignants. C’est d’ailleurs le sens de l’histoire de la psychiatrie qui a fait sortir ceux que l’on nommait les fous de l’asile. « Pour aller mieux, c’est-à-dire pour être capables d’assumer le réel de leur vie, explique Guy Baillon, médecin des hôpitaux, les malades qui souffrent de psychose ont besoin d’habiter la cité et d’être soignés au plus près de leur espace de vie. Or, pour le psychotique, comme pour tout un chacun, le premier espace de vie est son logement. »

Ainsi se justifie la politique dite de secteur qui veut que les soins psychiatriques s’organisent et se coordonnent au sein même de la cité. « Des lits, des logements, oui, mais dans la cité », réclament ensemble familles, psychiatres et malades. « Quand quelqu’un – qui peut être chacun de nous à un moment donné – ne va pas bien, ce n’est pas d’abord de soins qu’il a besoin, dit encore Guy Baillon, mais des preuves qu’il reste relié aux autres, que près de chez lui des soignants, des amis, des proches veillent sur lui et viennent à son aide si nécessaire. Toute personne en souffrance psychique a besoin de réactiver ses racines vitales que représente le lien avec les autres. »

Voilà une affirmation qui sous-tend la volonté des parents de trouver un hébergement pour leur enfant malade. Avec la hantise chevillée au cœur que, faute d’accompagnement et de liens solidaires, faute de soins continus et de proximité, leur enfant se retrouve à la rue ou en prison.

Des parents épuisés et isolés

Élisabeth a connu cette angoisse pendant plusieurs années. Elle vivait seule alors avec Olivier, son fils de 26 ans, souffrant de psychose et présentant des symptômes suicidaires et délirants récurrents. Son mari n’avait pas résisté au séisme de la maladie de son fils et s’était séparé de sa femme. « La vie était devenue infernale. J’avais dû abandonner mon emploi. J’étais épuisée et isolée, car la maladie psychique fait toujours peur. Même ma famille ne comprenait rien et pensait que j’exagérais.»

Après la dernière hospitalisation de son fils, Élisabeth avoue n’avoir eu ni la force ni le courage de le reprendre chez elle. Comme il refusait de prendre son traitement, Élisabeth savait que ses troubles allaient à nouveau flamber et tout détruire sur leur passage. « J’ai supplié l’hôpital de le garder, le temps pour moi de trouver une solution alternative hors de la maison. L’hôpital a refusé : “Il ne délire plus, il est majeur, on ne peut pas le garder contre son gré.” Olivier est donc rentré à la maison et ce fut l’horreur absolue. »

C’est alors qu’Élisabeth a sonné à toutes les portes pour tenter de trouver une place dans une structure adaptée. « J’ai tout essayé, les foyers de vie, les appartements thérapeutiques, les maisons médicalisées, les cliniques. Il n’y avait jamais de place ou on m’expliquait que mon fils ne correspondait pas à la population accueillie, ou c’était trop cher, ou je n’habitais pas le bon secteur… »

Pendant ce temps, Olivier avait entrepris un « voyage pathologique » qui le conduisit en Espagne. «Ayant vidé son compte bancaire en quelques jours, raconte Élisabeth, Olivier survivait à la bonne fortune pas toujours légale, s’alcoolisait et fumait beaucoup de shit, mais aussi a subi des maltraitances de la part de ceux qui abusent sans scrupule de la faiblesse des autres.»

L’insuffisance de logements qui allient sur place les soins, l’accompagnement social, le lien avec les services d’urgence psychiatrique est vécu par les familles comme une terrible injustice. Ainsi, Pierre, père de deux jeunes psychotiques, vivant actuellement dans la rue, crie sa colère : « On laisse penser que nos enfants représentent un danger pour la société, alors que si la société était plus hospitalière, si elle donnait à nos enfants malades la possibilité de se loger et les aides dont ils ont besoin pour habiter leur logement, cette société irait beaucoup mieux. Elle serait beaucoup plus humaine car elle tisserait du lien. »

Reste que seul un partenariat entre familles, soignants, institutions publiques, élus et le voisinage peut relever un tel défi. C’est la mission que se donnent, quand ils existent, les conseils locaux de santé mentale, présidés par un élu de l’arrondissement ou de la commune.

Agnès AUSCHITZKA

http://www.la-croix.com/parents-enfants/article/index.jsp?docId=2368705&amp…


_________________
« Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est difficile de le trouver en soi. Il est impossible de le trouver ailleurs. » N. de Chamfort
Message Publicité 
PublicitéSupprimer les publicités ?


Répondre en citant
Message Un toit pour les malades psychiques, une urgence 
En effet l'accès au logement est une vraie plaie pour tout le monde mais encore plus pour les personnes malades Sad

Pour l'accès au logement HLM pour les personnes handicapées (psychiques notamment, mais il faut avoir la reconnaissance du handicap) il existe maintenant la loi DALO, selon laquelle ils sont prioritaires.
Si ça intéresse quelqu'un, je laisse le protocole pour accéder à ce droit (et pour une fois c'est très efficace, ce n'est pas un loi-pipeau pour faire taire les mécontents)


_________________
Penser c'est frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude [L.Adler Dans les pas d'Hannah Arendt]
Message Un toit pour les malades psychiques, une urgence 


Montrer les messages depuis:
Répondre au sujet Page 1 sur 1
  


Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation