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La Résilience
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La Résilience

On date généralement l'apparition de ce concept des années 1980, suite aux travaux d'Emmy Werner consacrés aux enfants de Kauaï. Son extension a été rapide au sein de différents domaines : développemental, psychosocial, sociologique, comportemental, psychanalytique... En France, sa popularité est largement due au succès des travaux de Boris Cyrulnik.

Résilience (latin "resilientia") est un terme emprunté à la physique des matériaux (matériaux pouvant retrouver leur état initial après avoir subi une déformation). L'étymologie latine renvoie quant à elle à la possibilité de "faire un bon en arrière". La résilience est ainsi d'emblée liée aux notions de souplesse, d'adaptation et de désengagement.

Elle renvoie à une réaction adaptative possible grâce à la mise en oeuvre de ressources internes (intrapsychiques) et externes (psychosociales).

Le concept a dès l'origine recouvert deux conceptions distinctes :
- La possibilité d'un développement normal malgré des conditions initiales adverses.
- La possibilité d'un ressaisissement de soi après un traumatisme.

Les recherches le concernant font suite à l'observation d'une grande variabilité individuelle dans la sensibilité au stress et au traumatisme, certaines personnes, ou certains groupes, parvenant à se développer de façon satisfaisante, ou à "rebondir", tandis que d'autres y échouent.

Les auteurs s'intéressant à la question prennent cependant garde de spécifier :
- Que personne n'est forcément résilient tout le temps (on observe des ruptures de résilience).
- Que personne n'est forcément résilient devant toutes les situations adverses.

Ils spécifient également que le processus de résilience mis en œuvre suite à la confrontation à un traumatisme peut être individuel ou collectif (on parle de "famille résiliente"...).

Cette conception a permis, selon Anaut (2007), de sortir d'un modèle de compréhension "exclusivement centré sur les effets psychopathologiques et l'étude de la "vulnérabilisation", pour prendre en compte également les ressources et les facteurs de protections des sujets et de leur environnement".

Le modèle de la résilience est également issu de recherches connexes avec lesquelles il garde un lien privilégié :
- Les études concernant la vulnérabilité, en tant qu'elle signe une sensibilité d'origine génétique, biologique ou psychosociale aux contraintes de l'environnement.
- Les recherches concernant le stress, défini par Lazare et Folkman (1984) comme "une transaction entre la personne et l'environnement dans laquelle la situation est évaluée par l'individu comme débordant ses ressources et pouvant mettre en danger son bien-être". On parle alors de "stress perçu".
- Les recherches concernant le traumatisme, considéré comme tout phénomène ayant conduit à un débordement des possibilités d'intégration psychique de l'individu et à la mise en échec de ses mécanismes de défense. Il peut s'agir d'un événement brutal, d'une accumulation d'événements désorganisateurs mais aussi d'une situation prolongée de carence.
- Les études concernant l'attachement (style d'attachement sécure, insécure-évitant, insécure-ambivalent, insécure-désorganisé). Pour certains auteurs, comme Fonagy, la capacité de résilience est liée à un attachement sécure, révélant l'importance de l'environnement relationnel précoce.

Une définition de synthèse de la résilience a été proposée par Manciaux, Vanistendael, Lecomte et Cyrulnik (2001) : "La résilience est la capacité d'une personne ou d'un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l'avenir en dépit d'événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères".

Un des grands apports de cette notion est de permettre une réflexion en terme de processus dynamique, dans une interaction de "facteurs de risque" et de "facteurs de protection".



Dernière édition par Traviata le Ven 24 Juil 2009 - 18:37; édité 6 fois

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Message La Résilience 
Les facteurs de risque / les facteurs de protection

Facteurs de risque

La diversité des facteurs de risque ne permet pas d'en constituer une liste. En revanche, certains auteurs ont proposé de classer les événements stressants (maladie, deuil, divorce...), sans toujours tenir compte du fait que seul leur impact individuel est significatif.
Les événements potentiellement traumatisants sont décrits par les auteurs qui se sont intéressés à la névrose traumatique et par les auteurs du DSM-IV-TR (la personne a été exposée, témoin ou confrontée à un ou des événements qui ont impliqués la mort ou menace de mort, ou de blessures graves ou une menace à son intégrité physique ou à celle d'autrui ; sa réaction impliquait une peur intense, de la détresse ou de l'horreur).

Facteurs de protection

Les facteurs de protection sont ceux susceptibles de favoriser une réduction de l'impact de l'événement adverse (Rutter, 1990).

Garmezy (1991) propose de les regrouper selon 3 axes :

1/ Les facteurs de protection individuels
- Tempérament actif, doux, bon naturel, gentillesse
- Sexe féminin dans l'enfance, sexe masculin à l'adolescence
- QI élevé, bon niveau d'aptitudes cognitives
- Sentiment d'auto-efficacité, estime de soi
- Compétences sociales
- Conscience des relations interpersonnelles
- Sentiments d'empathie
- Locus de contrôle interne
- Humour
- Disposition à attirer autrui (charme...)

2/ Les facteurs de protection familiaux
- Parents chaleureux et soutien parental
- Bonnes relations parents-enfants
- Harmonie, entente parentale

3/ Les facteurs extra-familiaux
- Réseau de soutien social
- Expériences de succès (études, profession...)

Wolin et Wolin (1995, In Manciaux, 1999) ont de leur côté retenu 7 caractéristiques présentes dans le fonctionnement résilient : perspicacité, indépendance, aptitude aux relations, initiative, créativité, humour et moralité.

Bessoles (2001) a repris les traits de personnalité décrits par Wolin et Wolin en les envisageant selon une perspective psychanalytique :
- Perspicacité : capacité d'analyse, de repérage, de discrimination
- Indépendance : capacité à être seul, autonomisation
- Aptitude aux relations : facteurs de socialisation
- Initiative : capacité d'élaboration et de représentation des inhibitions et des phobies
- Créativité : capacité à créer des formations réactionnelles et substitutives
- Humour : capacité de sublimation
- Moralité : capacité à interroger les valeurs

Cyrulnik (1998) a également proposé d'envisager l'individu résilient comme celui ayant :
- Un QI élevé
- La capacité d'être autonome et efficace dans ses rapports à l'environnement
- Le sentiment de sa propre valeur
- De bonnes capacités d'adaptation relationnelles et d'empathie
- La capacité d'anticiper et de planifier
- Le sens de l'humour

Enfin Vanistendael et Lecomte (2000) proposent une synthèse visuelle, la Casita, qui comprend tous les éléments supposés être favorables à la résilience :



Ces caractéristiques peuvent également être mises en relation avec l'utilisation souple des mécanismes de défense ( http://questionspsy.leforum.eu/t2501-Les-mecanismes-de-defense.htm ) et avec les différentes stratégies de coping ( http://questionspsy.leforum.eu/t2507-Le-coping.htm ).

Une place peut être faite, dans les réseaux sociaux, à la notion de "tuteurs de résilience".

Ils correspondent aux personnes que nous croisons et qui vont jouer un rôle particulier dans notre vie en nous apportant certaines ressources (présence, attention, affection, identification...). Cette notion vient souligner le fait que l'on n'est pas résilient tout seul...

Lecomte (2004) liste quelques qualités de ces tuteurs de résilience :
- Ils manifestent de l'empathie et de l'affection
- Ils s'intéressent prioritairement aux côtés positifs de la personne
- Ils sont modestes
- Ils sont patients
- Ils laissent à l'autre la liberté de parler ou de se taire
- Ils ne se découragent pas face aux échecs apparents
- Ils respectent le parcours de résilience d'autrui
- Ils facilitent l'estime de soi d'autrui
- Ils facilitent l'altruisme chez autrui
- Ils associent le lien et la loi
- Ils évitent les gentilles phrases qui font mal

Il signale également que deux thérapeutes familiaux, Judith Ollié-Dressayre et Dominique Mérigot, ont mis au point un génogramme imaginaire susceptible de remplacer un génogramme biologique parfois décourageant. Il s'agit de prendre en compte la "famille de substitution" sur laquelle le sujet a pu s'appuyer pour se reconstruire. On peut dès lors s'intéresser aux dix personnes qui semblent actuellement les plus importantes pour le sujet et construire à partir d'elles le génogramme imaginaire.




Dernière édition par Traviata le Mar 31 Mar 2009 - 11:11; édité 8 fois

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Message La Résilience 
Mesurer la résilience ?

Introduire une notion de mesure est hardi s'agissant d'un concept aussi complexe ! Cela implique en tous cas (Vanistendael, 2000) d'envisager la résilience comme la mise en œuvre d'une capacité, plus que d'un processus, susceptible d'être quantifiée et, pourquoi pas, stimulée.

La mesure requiert la définition d'un certain nombre (mais lequel ?) de critères de résilience, introduisant ainsi le risque de biais liés à la subjectivité et supposant également de prendre en compte l'âge du sujet concerné et l'importance du traumatisme subi (qui contraint à placer la barre plus ou moins haut ?).

Elle implique aussi de distinguer 2 temps (Cyrulnik, 1999, 2001) :
- Le 1er temps de la résistance à la désorganisation introduite par le traumatisme
- Le 2nd temps de l'intégration du choc et de la mise en œuvre d'un processus de reconstruction (le potentiel existant avant le traumatisme prend ici toute son importance).

Les chercheurs ont mis au point différentes échelles et questionnaires (en auto- ou hétéro-évaluation), celles-ci variant selon l'obédience clinique et les objectifs des investigations.

Pour Tychey (2001) et Tychey et Lighezzolo (2004), des critères d'opérationnalisation de la reprise du développement peuvent être définis, selon deux axes : les critères externes et internes.

1/ Critères externes :
- La capacité de se socialiser sans désordre relationnel (excès d'inhibition ou d'excitation)
- La capacité de maintenir des apprentissages propres au groupe d'âge
- Après l'adolescence, la capacité de construire un lien d'attachement avec une personne extérieure au cercle familial
- L'absence de manifestation symptomatique invalidante sur le plan de l'adaptation psychosociale
- La capacité de parvenir à une insertion professionnelle
- La capacité de ne pas répéter les traumatismes passés sur sa propre descendance

2/ Critères internes :
- La capacité de rendre compte de ses états intérieurs, des excitations-conflits et des affects qu'ils génèrent, en pouvant les partager (qualité de la mentalisation)
- La capacité d'éprouver un sentiment de bien-être subjectif (plaisir à vivre, absence de trop plein d'angoisse, de dépression ou de révolte)
- La capacité de maintenir un équilibre psychosomatique (absence de désorganisation importante dans ce domaine)

Les auteurs préconisent d'utiliser deux sources pour éviter les biais (auto- et hétéro-évaluation), ainsi que de retenir, pour toute évaluation, au moins deux critères : l'un renvoyant à l'adaptation socio-environnementale et l'autre au fonctionnement interne (qualité de vie mais aussi souplesse du fonctionnement mental, capacité de traiter les conflits et excitations internes suscités par le traumatisme, organisation défensive...).

Une échelle de fonctionnement social, une échelle de qualité de vie et/ou un Rorschach peuvent ainsi être choisis.

Devant une réalité aussi complexe, il peut cependant être tentant de multiplier les outils d'investigations. Anaut (2007) cite quelques tests et échelles retenus par les chercheurs :
- Niveau d'anxiété et de dépression
- Niveau de compétence sociale (auto- et hétéro-évaluation)
- Réussite scolaire, professionnelle, intellectuelle
- Symptomatologie clinique
- Estime de soi
- QI
- Personnalité
- Comportement


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Message La Résilience 
Limites et critiques

Outre l'agacement suscité par l'effet de mode, de nombreuses critiques ont été adressées à la théorie de la résilience.

Le flou de la notion, l'abondance de définitions divergentes sont à la source de malentendus et signalent un manque de rigueur théorique.

Tisseron (2007) souligne en outre 5 dangers dans le maniement de ce concept :

1/ Il peut faire sous-estimer la gravité des ricochets que font parfois les traumatismes d'une génération sur l'autre.

2/ Son emploi ignore souvent la grande variété des traumatismes et le rôle de l'environnement non humain dans la (re)construction psychique. Du coup, la compréhension des traumatismes risque de se réduire à des questions de subjectivité et d'intersubjectivité.

3/ Il tend à idéaliser la résolution des traumatismes dans des formes reconnues de création alors que la seule création provoquée par un trauma est le plus souvent un symptôme. Tisseron souligne notamment que bourreaux et victimes se protègent contre les traumatismes de la même manière, par le clivage - selon lui, identifier ce clivage et apprendre à vivre avec lui est l'objectif le plus réaliste.

4/ Il brouille la différence entre l'observation, l'explication et la prédiction. Pour l'auteur, il est "toujours difficile de juger de la qualité de la reconstruction après un traumatisme, toujours hasardeux de présenter ce qu'on observe comme une explication causale, et toujours impossible de préjuger de cette capacité dans l'avenir !"

Une autre objection est souvent formulée sous la formulation d'un "prix à payer" pour la résilience. Le sujet, même résilient, ne se construit pas sans souffrance psychique, sans mise en jeu de protections pas toujours adaptées.

Enfin, l'utilité clinique de la théorie de la résilience reste discutable. Pour l'instant, aucune méthode convaincante de développement des capacités de résilience n'a pu être proposée.



Dernière édition par Traviata le Lun 30 Mar 2009 - 22:18; édité 1 fois

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Message La Résilience 
Bibliographie

AIN, J. (dir., 2007). Résiliences : réparation, élaboration ou création ? Ramonville Sainte Agne : Erès. 
ANAUT, M. (2005). La résilience : surmonter les traumatismes. Paris : Armand Colin, 2ème édition, 2007. 
CYRULNIK, B. (1997). Sous le signe du lien. Paris : Hachette. 
CYRULNIK, B. (2002). Un merveilleux malheur. Paris : Odile Jacob. 
CYRULNIK, B. (2003). Le murmure des fantômes. Paris : Odile Jacob. 
CYRULNIK, B. (2004). Les vilains petits canards. Paris : Odile Jacob. 
CYRULNIK, B. (2005). Vivre devant soi : être résilient et après ? Revigny-sur-Ornain : Ed. du Journal des psychologues. 
CYRULNIK, B. (2006). De chair et d’âme. Paris : Odile Jacob. 
CYRULNIK, B. et DUVAL, P. (dir., 2006). Psychanalyse et résilience. Paris : Odile Jacob. 
DE TYCHEY, C. et LIGHEZZOLO, J. (2004). L'évaluation de la résilience : quels critères diagnostiques envisager ? Perspectives psychiatriques, vol. 43, n° 3, 226-233. 
DELAGE, M. (2008). La résilience familiale. Paris : Odile Jacob. 
HANUS, M. (2001). La résilience à quel prix ? Paris : Maloine. 
LIGHEZZOLO, J. & DE TYCHEY, C. (2004). La résilience. Paris : In Press. 
TISSERON, S. (2007). La résilience. Paris : PUF, 2ème édition 2008. 
VANISTENDAEL, S. et LECOMTE, J. (2000). Le bonheur est toujours possible. Construire la résilience. Paris : Bayard


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Message La Résilience 
Traviata a écrit:
Enfin, l'utilité clinique de la théorie de la résilience reste discutable. Pour l'instant, aucune méthode convaincante de développement des capacité de résilience n'a pu être proposée.


Ca me dérange un peu ça... Enfin je trouve que c'est juste si la raison d'être d'une théorie c'est d'être mesurable et quantifiable, de faire des jolis chiffres et des beaux tableaux, là oui.

Moi je trouve que cette théorie a l'immense utilité d'exister. Et que ça fait changer le regard qu'on porte sur les personnes traumatisées, et qu'en changeant ce regard on aide beaucoup les personnes à se (re)construire. Je pense surtout aux réactions de personnes que Cyrulnik qualifie de "prophètes de malheur", du type "avec ce qu'il a vécu, il est foutu", le genre de réaction qui enterre un peu plus s'il en fallait. Il me semble que cette théorie a le mérite de faire regarder autrement.


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Penser c'est frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude [L.Adler Dans les pas d'Hannah Arendt]
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Message La Résilience 
Je suis d'accord avec toi sur le dernier point, ce n'est d'ailleurs jamais remis en cause, même par les personnes les plus agacées par la théorie de la résilience ! C'est toujours possible de permettre au sujet de se réparer, aucun soignant digne de ce nom ne peut dire le contraire il me semble. Mais on n'avait pas attendu cette théorie pour le dire, son impact médiatique a simplement popularisé ce point de vue, ce qui n'est pas un mal.

Ce qui en est un par contre, est l'extrême simplification qui est faite de ce concept, au point de lire des absurdités dans la plupart des magazines, et beaucoup pensent que c'est l'imprécision du terme lui-même qui a permis ces "détournements", qu'il souffre d'un manque de rigueur théorique, et je partage un peu cette idée.

A l'extrême, quand on prend les caractéristiques des personnes dites résilientes (intelligentes, bénéficiant de bonnes ressources internes et environnementales...), on en arrive à transposer sur le plan du bagage psychique l'idée qu'il "vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade". Ce sont des choses sur lesquelles on peut assez mal agir (à part sur le plan de l'environnement dans l'enfance, et encore) et je suis toujours très méfiante quand je vois catégoriser les individus selon des caractéristiques sur lesquelles on ne peut pas agir.

Un autre point serait l'idée d'une résilience absolue, que les auteurs démentent mais qui infiltre quand même le discours ambiant. Je ne crois pas que l'on "guérisse" jamais d'un traumatisme, c'est une conviction théorique que beaucoup partagent et c'est aussi une expérience personnelle. On aménage sa vie avec telles ou telles défenses plus ou moins opérantes mais toujours fragiles. J'ai en fait une haine absolue de la fameuse formule selon laquelle "tout ce qui ne tue pas renforce", parce que c'est faux et parce qu'un tel ébranlement du psychisme laisse des marques profondes, qui se répercutent de surcroît sur les générations suivantes. Alors on peut se reconstruire, sans doute, mais en ayant réussi à intégrer le choc, pas par miracle.
Cette reconstruction est d'une fragilité extrême et ce que les auteurs appellent pudiquement "rupture de résilience" est tout simplement le signe que les défenses ont mal fonctionné et qu'elles ne pouvaient pas tenir. On voit souvent, dans la clinique, de telles organisations, où "ça tient" tant bien que mal pour le moment, mais où on sent bien la fragilité de l'édifice. Dans ces cas, intervenir ou pas, telle est la question...


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Message La Résilience 
Mon premier psy (le vieil hibou qui dormait sur son fauteuil) pensait visiblement qu'une femme violée ne peut devenir que, soit assexuée soit nymphomane, en tout cas incapable d'accéder à une sexualité "normale" et à peu près épanouie.
Bon, c'était un con... Confused  (si je peux dire dans cette discussion....), mais ce genre d'idées existe encore, même chez certains professionnels.

Pour l'idée grand public, c'est vrai qu'on s'y perd un peu entre ce qu'on lit ici et ce qu'on entend là. C'était à mon sens très bien de faire passer le message dans les médias mais ça a donné pas mal de dérives. Je me souviens d'être tmbé il y a quelques années sur un article dans un magasine féminin qui titrait joyeusement "des problèmes dans votre vie ? il n'y a qu'à devenir résilient !". Ben tiens, maintenant que tu le dis...


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Penser c'est frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude [L.Adler Dans les pas d'Hannah Arendt]
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Message La Résilience 
On entend encore, de la part de cons je suis d'accord, mais ça s'entend, que des gens ayant vécu ceci ou cela sont "foutus". J'ai entendu récemment une psychiatre essayer de décourager une jeune interne d'hospitaliser un homme sdf au parcours évidemment compliqué, en essayant de la convaincre qu'il n'y avait rien à tenter et terminer son discours par "des abandonniques qui deviennent sdf, tu n'en as jamais entendu parler?" Confused

Mais la résilience, c'est aussi apporter un concept de plus, qui se recoupe avec d'autres, et si en général abondance de biens ne nuit pas, dans le domaine de la psychopathologie je serais plutôt pour l'économie de concepts. Les superpositions avec le travail de deuil, avec la mise en sens, avec les mécanismes de défense, en particulier la sublimation, etc., compliquent les perspectives, surtout quand ces notions sont employées d'une façon qui ne correspond pas à leur définition initiale et qui n'est pas réellement rigoureuse.
Ceci dit, je trouve que c'est un domaine d'étude intéressant mais il faudrait l'approfondir et lui trouver une utilité clinique, au niveau des premières prises en charge par exemple.


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La vie n'est pas ce que l'on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s'en souvient. G. Garcia Marquez
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Message La Résilience 
Y a t'il un aspect cylclique de ces résiliences ?

moi on m'a posé cette question, sur ma propre vie... à chaque changement d'étape dans la vie, j'ai comme une sorte d'effondrement, qui dure, puis ça repart... sans pour autant que les problèmes soient réglés, d'ailleurs une chose m'avait frappé en lisant un texte, ct freud qui regrettait qu'un de ses patients mettent fin au travail, parcequ'il allait mieux.
(il était venu le voir parcequ'il avait des retards dans sa vie, étude, boulot...)


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Si il faut etre acteur de sa vie, je veux bien faire de celle ci, un spectacle ou chacun prendrait le masque qui lui convient.
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Message La Résilience 
Pour le patient de Freud, on voit comme ça des gens qui "fuient dans la santé" pour éviter de prolonger un travail thérapeutique dont ils craignent les répercussions profondes. Alors, plutôt que de trop changer, d'affronter l'inconnu, ils "guérissent" quasi miraculeusement en quelques séances !

Pour l'aspect cyclique dont tu parles, je ne sais pas si on peut le rattacher au processus de résilience, je ne crois pas. J'y suis assez sujette aussi, c'est un peu comme si j'avais besoin de faire mourir certaines choses en moi avant de repartir d'un autre pied. J'ai des histoires de deuil très compliquées dans ma famille, je l'ai toujours relié à ça, mais j'imagine que cela peut se retrouver dans d'autres configurations.


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« Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est difficile de le trouver en soi. Il est impossible de le trouver ailleurs. » N. de Chamfort
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Message La Résilience 
je n'en sais trop rien...
on parle souvent d'humeur cyclique chez les individus...
y a aussi des croyances et théories sur l'espect cyclique des choses du monde, comme l'amok on peut aller chercher des tas de choses aussi sur le temps cyclique en opposition au temps linéaire.
J'ai cru comprendre que certains en psychologie, font pareil sur l'humeur... chacun ayant ses propres cycles...

mais j'ai jamais eu des précisions.

Moi pour le moment ça rythme mes parcours scolaires...

je crois pour moi que c résilience, mais aussi... prgression d'un nouveau genre de la "maladie" disons que ça s'aglutine en fonction des étapes de vie.

Disons des étapes amenuisent un certain mal etre, mais cela revient à de nouvelles étapes.


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Si il faut etre acteur de sa vie, je veux bien faire de celle ci, un spectacle ou chacun prendrait le masque qui lui convient.
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Message La Résilience 
Hermès a écrit:
On entend encore, de la part de cons je suis d'accord, mais ça s'entend, que des gens ayant vécu ceci ou cela sont "foutus". J'ai entendu récemment une psychiatre essayer de décourager une jeune interne d'hospitaliser un homme sdf au parcours évidemment compliqué, en essayant de la convaincre qu'il n'y avait rien à tenter et terminer son discours par "des abandonniques qui deviennent sdf, tu n'en as jamais entendu parler?" Confused

Bah j'ai un membre de ma famille qui est psychiatre, il parle peu de son métier, il parle peu en général, mais quand il parle c'est pour dire de certains de ses patients qu'ils sont "foutus"...

Bon, moi je trouve que l'Homme est étonnant. Ici on vit assez confortablement dans la quasi ignorance de la violence et de la mort, voir de la vieillesse. Mais dans d'autres parties du monde, des gens y sont confrontés quotidiennement, ou sur une période de guerre plus ou moins longue. Alors bien sûr que ça fai de gros dégâts, mais cela n'empêche pas qu'un grand nombre survivent psychiquement, peut être pas pour devenir les personnes les plus équilibrées du monde, mais pouvant fonder une famille, travailler, étudier, être heureux...

Cela m'a toujours fasciné, comment l'Homme s'adapte au pire.... et survit... moralement, psychiquement...

Certains réfugiés bosniaques à l'époque du conflit Yougoslave m'ont parlé de "déclic"... qui les a fait passer de jeunes européens relativement modernes à jeunes dans un pays en guerre, capable de prendre les armes, de vivre avec la peur quotidienne...
bon la plupart étaient très déprimés quand même à leur arrivée, et extrêmement cyniques, certains au contraire étaient dans une espèce de positivité très vive... plein de projets... (faire des études, expression artistique...)
Les enfants... plus compliqué... mutisme pour l'un d'entre eux après avoir vu sa maison bombardée. Je ne connais pas la suite...


Ah oui et puis sur les répercussion de génération en génération, un livre de témoignage :

- Ce qu'il reste de nous, Murielle Allouche et Jean-Yves Masson, chez Michel Lafon, 2005.

Il est des héritages qui n'épargnent pas, des pans de l'Histoire que l'on ne peut oublier. Pour la première fois, trois générations sont rassemblées dans un même ouvrage et nous font part de leur expérience de la Shoah. Les uns ont échappé par miracle à une mort programmée par le régime nazi, les autres ont grandi et construit leur identité avec le lourd passé de leurs parents : jamais des déportés n'avaient témoigné aux côtés de leurs enfants et de leurs petits-enfants.
Personnages médiatisés ou témoins inconnus, tous se sont confiés à Murielle Allouche et Jean-Yves Masson qui nous transmettent ici leurs lettres inédites, accompagnées de dessins d'un implacable réalisme. Des récits poignants, des destins extraordinaires, un bouleversant travail de mémoire.
(source : www.michel-lafon.fr)

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Message La Résilience 
Manamana a écrit:
Hermès a écrit:
Bah j'ai un membre de ma famille qui est psychiatre, il parle peu de son métier, il parle peu en général, mais quand il parle c'est pour dire de certains de ses patients qu'ils sont "foutus"...
Bon, moi je trouve que l'Homme est étonnant. Ici on vit assez confortablement dans la quasi ignorance de la violence et de la mort, voir de la vieillesse. Mais dans d'autres parties du monde, des gens y sont confrontés quotidiennement, ou sur une période de guerre plus ou moins longue. Alors bien sûr que ça fai de gros dégâts, mais cela n'empêche pas qu'un grand nombre survivent psychiquement, peut être pas pour devenir les personnes les plus équilibrées du monde, mais pouvant fonder une famille, travailler, étudier, être heureux...



Bonjour,

C'est par "hasard" que je suis tombé sur votre forum et je viens témoigner par plaisir.
La résilience est de dépasser la Souffrance mais malheureusement pas consciemment. Mr. Green  
A un moment, notre cerveau ne peut plus suivre... il se met en mode SURVIE. Ce mode lui permet de ne pas MOURIR. A un moment la violence est si forte que nous intimons à notre cerveau (si je puis dire)  de REAGIR différemment. 
Le problème est : nous ne sommes plus nous mêmes ! Nous avons oublié (sacrifié) cette partie de nous ,intégrante à notre futur, parce qu'aucune issue ne nous semblait protectrice. Nous oublions alors tous les codes instinctifs... nous les dépassons. Donc, nous grandissons "normalement". Nous nous intégrons à la société en nous construisant des rêves. On s'accroche (comme on rejette) l'Amour. Parce qu'à la base c'est l'Amour qui nous a fait souffrir... tout du moins nous le pensions à ce moment là et nous le savons toujours. content  Nous avons enfoui cette souffrance (indescriptible) pour ne plus la revivre et avons donc mis en place une belle carapace afin de n'être plus confronté à cette intensité.
On connait notre seuil de tolérance en apprenant à connaître nos limites. Il n'est pas une question d'être plus fort face à l'adversité mais plutôt une question de soi face à la Vie. On sait !

Avant de savoir il a fallu é(a)prouvé, vivre ce manque non comblé en sachant que rien ne remplacera l'objet manquant. On essaie de se construire avec bases et repère autres que la normalité. Pour ma part, je me suis construit seul, sans repère constant.
Pour pouvoir écrire cela aujourd'hui, je suis passé par des nuits sombres. J'ai touché un autre fond, le fond de "ma" société ... celle qui m'a permis de réagir face à son inhumanité. Je la remercie ! Sans elle pas de prise de conscience de son inullité. Mais bon, je rentre dans un modèle personnel.

Il y a différence entre dépression et résilience. La dépression  peut être  prérésilience. Pour comprendre résilience il faut la vivre et donc rechuter mais cela nous ne le savons pas. Nous avons peur de réouvrir cette Souffrance (car peur, peut être de mourir). Voilà la différence entre une dépression et une résilience. N'est pas résilient un dépressif... loin de là. Et résilient celui qui a vécu un traumatisme qui a mis sa VIE en danger....
Voilà ma petite contribution à votre article...

Bien à vous et peut être à bientôt

Un résilient qui cherche à dépasser ce stade






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"Ne marche pas devant moi, je ne suivrai peut-être pas.
Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai peut-être pas.
Marche juste à côté de moi et sois mon ami." --- Albert Camus
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Message La Résilience 
Bonjour Vav,

Désolée, mais ça me dérange ce "nous" que tu mets à chaque phrase...

"Nous grandissons normalement", non, pas tout le monde arrive à grandir normalement après un traumatisme, et à mon sens, ça dépend beaucoup de la qualité de l'entourage.
"a la base c'est l'Amour qui nous a fait souffrir", ah bon, les personnes agressées par un inconnu souffrent d'avoir trop aimé ?

Je suppose que tu parles de ton histoire et de ton ressenti. Mais s'il te plait, essaye de rester au "je" ou de préciser que tu as du mal à parler en nom propre et c'est la raison pour laquelle tu emploies le "nous".

Au plaisir de te lire.


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Penser c'est frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude [L.Adler Dans les pas d'Hannah Arendt]
Message La Résilience 


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