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Wilfred Ruprecht Bion
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Wilfred Ruprecht Bion

Psychanalyste britannique (1897-1979)



Brefs repères biographiques

Wilfred Ruprecht Bion est né en 1897 à Muttra, en Inde, dans la province du Pendjab où son père occupait un poste important dans l’administration coloniale britannique. Il connaît une enfance assez solitaire, marquée par des relations fluctuantes et insécures avec ses parents et sa jeune sœur Edna, mais porte un tendre attachement à sa nourrice indienne.

A 8 ans, il est envoyé en pension en Angleterre où il se sent toujours très seul et s’investit dans des activités sportives. Il parlera toujours de son enfance en termes caustiques, la dépréciation humoristique venant envelopper une souffrance certaine.

Bion est officier pendant la première guerre mondiale, qui le marquera durablement. Après la guerre, il entre à Oxford, passe une licence de Lettres puis va étudier la littérature française à Poitiers. De retour en Angleterre, il enseigne quelques temps l’histoire puis décide d’entreprendre des études de médecine, soutenu par le désir de devenir psychanalyste.

Une fois psychiatre, il ouvre un cabinet à Londres, occupe un poste d’Assistant à la Tavistock Clinic et entreprend une formation psychanalytique avec John Rickman (un de ses premiers analysants est le dramaturge Samuel Beckett). Après la seconde guerre mondiale, il reprendra une tranche d’analyse avec Mélanie Klein.

Pendant la guerre, il rejoint le service psychiatrique de l’armée britannique, s’intéresse aux traumatismes subis par les soldats et commence à développer ses théories concernant les petits groupes. Il épouse une actrice, Betty Jardine, qui décède en 1945 en donnant naissance à leur fille Parthénope, le laissant désemparé.

Dans les années 1950, Bion épouse Francesca, qui travaille également à la Tavistock Clinic et avec laquelle il aura un fils, Julian, et une fille, Nicola. Cette période de sa vie semble correspondre à une première expérience du bonheur et constitue également un moment d’exceptionnelle fécondité intellectuelle.

Entre 1962 et 1965, Bion préside la Société britannique de psychanalyse et correspond régulièrement avec D. W. Winnicott. En janvier 1968, sur l’invitation de collègues américains, il part s’installer en Californie mais s’y sent étranger, notamment en raison de fortes divergences théoriques avec les psychanalystes américains. Il donne de nombreuses conférences et dirige des séminaires dans divers pays.

Il décide en août 1979 de rentrer en Angleterre, où il décède le 8 novembre d’une leucémie foudroyante.


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« Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est difficile de le trouver en soi. Il est impossible de le trouver ailleurs. » N. de Chamfort
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Principaux apports théoriques

Les petits groupes

Bion développe la notion de « mentalité de groupe », qui s’affirme dans la soumission inconsciente des membres à la volonté vécue comme unanime du groupe, au prix du sacrifice des volontés individuelles. Ce fonctionnement induit des angoisses de persécution devant toute tentative d’introduction de changements et s’appuie souvent sur un « couple » de leaders perçus comme des « parents combinés » au sens kleinien. La vie de groupe sollicite, par la régression induite, des mécanismes psychiques décrits par Mélanie Klein : identification projective, clivage, idéalisation…

Bion définit 3 hypothèses de base du fonctionnement de ces groupes : la dépendance (adhésion à un groupe comme fin en soi), l’attaque-fuite (devant tout élément étranger) et le couplage (rassemblement en marge du groupe). Il y oppose le groupe de travail, qui reconnaît l’apprentissage par l’expérience, refuse la dépendance et lutte contre les motions pulsionnelles qui le mettent en péril.

Ces théories connaîtront une grande postérité, notamment en France chez les grands théoriciens des groupes comme Didier Anzieu, René Kaës, etc.


Le fonctionnement psychique archaïque

Dans la logique kleinienne, Bion postule l’existence d’une partie psychotique inhérente à toute personnalité, comme héritage de la phase schizoparanoïde. Les fantasmes sadiques propres à cette phase, la prédominance de l’identification projective, vont créer un clivage du Moi en une multitude de fragments qui, une fois expulsés, vont suivre une vie autonome et entourer le sujet d’éléments perçus comme des « objets bizarres ».


L'attaque des liens

Ce fonctionnement a des retentissements sur la pensée, car les attaques destructrices s’étendent aux liens entre tous les objets et à l’intérieur même des processus de pensée – l’attaque des liens devient donc également une attaque de la pensée. Il maintient le sujet dans les « équations symboliques » définies par Hanna Segal et barre l’accès à la symbolisation.


La pensée

Pour se développer de façon satisfaisante, il lui faut des « pensées » mais aussi un « appareil » susceptible de soutenir l’articulation de ces pensées (l’appareil à penser les pensées) : passage de la « préconception » à la « conception » puis aux « concepts ». Tout ce développement se fait dans un processus interactif : la tolérance du sujet à supporter les frustrations permet l’émergence de la pensée et la capacité de pensée elle-même permet de mieux tolérer les frustrations (en lien avec ce que nous appellerons aussi en psychologie capacité de mentalisation). Si cette évolution achoppe, les pensées risquent alors d’être traitées comme de « mauvais objets internes » susceptibles d’être expulsés et de vider le sujet de toute pensée.


La fonction alpha

Bion postule que dans une identification projective bien tempérée, les mécanismes de projection et d’introjection vont soutenir la mère dans son rôle d’aider le bébé à se débarrasser des sensations qui compromettent son bien-être.

Incapable d’accomplir ce processus de lui-même, l’enfant doit compter sur sa mère (sur la capacité de rêverie maternelle) pour transformer les éléments expulsés par lui (les éléments bêta) en éléments de nouveau introjectables (les éléments alpha). Si la mère ne se trouve pas en mesure d’accueillir les projections de son bébé et de les transformer, celui-ci va être amené à réintrojecter des éléments inassimilables.

Cette hypothèse très riche a également des applications sur la scène psychanalytique, l’analyste étant souvent, notamment quand il travaille avec des patients psychotiques, amené à incarner cette fonction de rêverie maternelle.


La barrière de contact

Une fois les impressions sensorielles éparses transformées en éléments α, l’accumulation de ceux-ci va créer une « barrière de contact » qui fonctionne comme une barrière de sécurité régulant les échanges entre le conscient et l’inconscient. Quand cette barrière ne peut se mettre en place, le sujet est privé des enrichissements de ces échanges (rêverie, refoulement, apprentissage…) et on observe alors un « clivage forcé » et l’envahissement du fonctionnement psychique par des « objets inanimés ».


La grille

La réflexion de Bion va s’orienter vers la nécessité d’un travail d’abstraction (parfois très abstrait !) qui permettrait à l’analyste de se doter d’un outil de formalisation de son travail, inspiré des sciences dures.
Il élabore ainsi, en 1963, une grille intégrant les données cliniques dans un tableau à double entrée. On y trouve, sur l’axe vertical, noté par des lettres, les données génériques propres aux éléments α et β, aux pensées oniriques, aux préconceptions-conceptions-concepts, etc. Sur l’axe horizontal, noté par des chiffres, on trouve les divers emplois possibles de ces données. Outre l’inévitable aspect réducteur de cette grille, sa complexité d’emploi en fait un outil largement inutilisé…


Postérité...

L'importance des théories de Bion est considérable, notamment pour tous les cliniciens travaillant avec des outils psychanalytiques dans le domaine de la psychose. Les notions de « rêverie maternelle », de « fonction alpha », d’« attaque des liens » sont désormais repris bien au-delà de la mouvance kleinienne et constituent des outils de pensée à mon sens indispensables à notre travail. Sur le plan de la pratique, la conduite des psychothérapies analytiques avec des patients psychotiques a également été largement influencée par les avancées bioniennes, notamment par l’importance accordée au travail de transformation des sensations, au travail de symbolisation, etc.



Dernière édition par Traviata le Mar 21 Juil 2009 - 11:39; édité 1 fois

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Bibliographie

Œuvres de W. R. Bion :

BION, W. R. (1961). Recherches sur les petits groupes. Paris : PUF, 1965.
BION, W. R. (1962). Aux sources de l’expérience. Paris : PUF, 1979.
BION, W. R. (1963). Éléments de psychanalyse. Paris : PUF, 1979.
BION, W. R. (1965). Transformations : Passage de l’apprentissage à la croissance. Paris : PUF, 2002.
BION, W. R. (1967). Réflexion faite. Paris : PUF, 1983.
BION, W. R. (1970). L’attention et l’interprétation. Paris : Payot.
BION, W. R. (1973). Entretiens psychanalytiques. Paris : Gallimard, 1980.

Publications posthumes :

BION, W. R. (1919). Mémoires de guerre. 26 juin 1917-10 janvier 1919. Larmor-Plage : Ed. du Hublot, 1999.
BION, W. R. (1958-1979). Cogitations. Paris : In Press, 2005.
BION, W. R. (1963-1977). Pensée sauvage, pensée apprivoisée. Paris : Ed. D’Ithaque, 2007.
BION, W. R. (1977). Séminaires italiens. Paris : In Press, 2005.
BION, W. R. (1976-1979). La Preuve & autres textes. Larmor-Plage : Ed. du Hublot, 1998.
BION, W. R. (1976). Quatre discussions avec Bion. Paris : Ed. D’Ithaque, 2006.
BION, W. R. (1977-1978). Bion à New York et à São Paulo. Paris : Ed. D’Ithaque, 2006.
BION, W. R. (1987). Séminaires cliniques. Paris : Ed. D’Ithaque, 2008.

Autobiographie en 3 tomes :

BION, W. R. (1975-1979). Une mémoire du futur. Lyon : Césura, 1989.

Œuvres sur W. R. Bion (sélection...) :

BLEANDONU, G. (1993). Wilfred R. Bion, la vie et l’œuvre, 1897-1979. Paris : Dunod.
BOKANOWSKI, T.-M. (2007). Actualité de la pensée de Bion. Paris : In Press.
GEISSMANN, N. (2001). Découvrir W. R. Bion. Explorateur de la pensée. Ramonville Saint Agne : Erès.
GRINBERG, L. et coll. (1996). Nouvelle introduction à la pensée de Bion. Lyon : Césura.
MELTZER, D. (2006). Études pour une métapsychologies élargie.­ Applications cliniques des idées de Wilfred R. Bion. Larmor-Plage : Ed. du Hublot.
NERI, C. et coll. (2006). Lire Bion. Ramonville Saint Agne : Erès.
SCHMID-KITSIKIS, E. (1999). W. R. Bion. Paris : PUF.

Ressources électroniques (à compléter dans ce fil...) :

Article « Apports de W. R. Bion à la psychopathologie des psychoses », sur le site L’œil sur la langue : http://psychanalyses.blogspot.com/2006/09/apports-de-wr-bion-la-psychopatho…
Article « Le contenant psychique selon Wilfred Bion », sur le site de l’école Montessori du Castellet : http://montessoriprovence.e-monsite.com/rubrique,l-enfant,1014037.html
Article « Construction de la pensée selon Bion » sur le site personnel de Benoît Virole : http://pagesperso-orange.fr/virole/AMETA/FBION.htm
Article de Frédéric Rousseau (2008) à propos du témoignage de W. R. Bion sur la première guerre mondiale, sur le site CRID 14-18 : http://www.crid1418.org/temoins/2008/06/03/bion-wilfred-1897-1979/


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