Questions Psy Index du Forum
S’enregistrerRechercherFAQMembresGroupesConnexion
Répondre au sujet Page 1 sur 1
Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager"
Auteur Message
Répondre en citant
Message Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager" 
Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager"

LE MONDE | 11.08.09


Les pratiques de scarifications, qui consistent en des incisions délibérément infligées sur le corps, sont en augmentation chez les adolescents, constatent les spécialistes. Xavier Pommereau, psychiatre et responsable du Pôle aquitain de l'adolescent au CHU de Bordeaux, analyse ce phénomène.

En quoi consistent les pratiques de scarifications et quel public touchent-elles ?


Ces conduites concernent des adolescents entre 13 et 16 ans, des filles pubères dans les deux tiers des cas. Elles se scarifient avec de petits objets banals, compas scolaire, trombones, fragments de lame de rasoir jetable, morceaux de verre... Ces éraflures sont localisées au niveau de la face interne du poignet, sur l'avant-bras, sur le dos de la main. En général, il s'agit d'estafilades très superficielles qui laissent des cicatrices plus ou moins durables. Mais ce marquage cutané peut se faire aussi par abrasion avec, par exemple, un morceau de sucre que le jeune frotte sur la peau, ou par brûlure.


Peut-on évaluer l'ampleur du phénomène ?


Parmi les 15 % d'adolescents qui vont mal, on a vu apparaître ces dernières années trois nouvelles conduites de rupture que sont les scarifications, la boulimie et l'ivresse alcoolique. Avant, ces conduites de rupture se traduisaient davantage par des comportements antisociaux, des fugues, des clashs relationnels. Mais dans une société, où l'apparence, la marque, règnent en maîtres, les traces tangibles semblent plus pertinentes, aux yeux des jeunes, pour exprimer leur souffrance.

Les résultats de l'enquête que nous avons effectuée, en 2001, avec Marie Choquet, de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), auprès des jeunes de 11 à 19 ans qui consultaient les infirmières scolaires donnent quelques indications. A la question "Vous est-il arrivé de vous faire mal (couper, brûler) volontairement ?", 11,3 % des filles et 6,6 % des garçons reconnaissaient l'avoir fait au moins une fois au cours des douze derniers mois. Ces pourcentages ne sont pas révélateurs de la population générale des adolescents, car les jeunes qui viennent consulter à l'infirmerie sont plus souvent en situation de mal-être, mais ils sont néanmoins préoccupants.


Ces comportements sont-ils forcément inquiétants ? Ne relèvent-ils pas, dans certains cas, d'un phénomène passager de l'adolescence ?


Il ne faut pas banaliser ces conduites. Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager. Il faut les considérer comme des signaux d'alarme qui peuvent annoncer un risque suicidaire. L'adolescent ordinaire, qui n'est pas un artiste professionnel et qui prétend s'affilier à ces mouvements, est, pour nous, un jeune en souffrance.
Dans l'enquête réalisée en milieu scolaire avec Marie Choquet, parmi les élèves déclarant avoir déjà effectué une tentative de suicide, près des trois quarts signalaient des antécédents de coupure ou de brûlure cutanée volontaire, contre 16 % chez les autres.


Quelle peut être l'attitude des parents ?


Si votre fille commence à se scarifier et se prétend gothico-satanique, il ne faut surtout pas banaliser et se taire en se disant que ça passera. Les parents ont intérêt à dire leur inquiétude à leur enfant, à voir si c'est en lien avec d'autres comportements de rupture, consommation d'alcool, boulimie, clashs à répétition. Si c'est le cas, il faudra probablement procéder à une évaluation psychologique de cette souffrance. Mais interdire aux jeunes de se scarifier ne sert qu'à rassurer les parents en niant la souffrance de leur enfant. Il faut essayer, au contraire, de lui faire prendre conscience que cette conduite cache un malaise plus profond.


Comment les adolescents expliquent-ils leurs gestes ? Que signifient-ils ?


Les explications des jeunes que nous recevons sont très stéréotypées et succinctes. Ils disent avoir pété les plombs, s'être fait du mal pour ne pas exploser, pour se soulager, évacuer la tension, se punir d'une crise de boulimie...
Les scarifications jouent sur le "montré-caché". Le jeune le fait en secret, mais fait tout pour le montrer. C'est une manière de dire aux proches "Vous êtes trop proches". Le sujet se sent l'objet de trop d'attention et souffre d'un problème de distance affective avec ses parents. C'est son ressenti, mais il ne faut pas en conclure que ses parents seraient trop possessifs. C'est l'exploration psychologique qui va nous éclairer.


Les scarifications peuvent-elles être les prémices d'une pathologie mentale ?


Les scarifications que j'ai évoquées et que nous qualifions de typiques ne traduisent pas forcément une pathologie mentale, mais une souffrance, un mal-être. En revanche, les scarifications atypiques, beaucoup plus rares, qui se traduisent par des lésions cutanées non plus sur les poignets et les avant-bras mais sur le cou, le thorax, le ventre, voire, au pire, sur le visage, nécessitent une évaluation psychologique approfondie et peuvent cacher une pathologie mentale grave type schizophrénie.



Propos recueillis par Martine Laronche

http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2009/08/11/scarifications-il-ne-s…


_________________
« Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est difficile de le trouver en soi. Il est impossible de le trouver ailleurs. » N. de Chamfort
Message Publicité 
PublicitéSupprimer les publicités ?


Répondre en citant
Message Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager" 
Ladame soutient que dans son expérience psychothérapeutique avec les adolescents il a constaté que dans les attaques du corps la cible inconsciemment visée est en réalité l'autre à l'intérieur de soi à avoir l'objet parental intériorisé . Comme le sujet et l'objet sont confondus , mal différencié , l'attaquer égale s'attaquer . Comme ces expériences ne laissent pas de traces psychiquement représentables , elle se répètent dans un accrochage perceptivo-moteur .
Je suis stupéfait de constater que beaucoup de problématiques adolescentes tournent autour du corps , de la question du corps (pas étonnant dans un monde tant précoccupé par la question de l'image physique) .


_________________
" Ne pensez-vous pas que j'aurais été beaucoup mieux traité si mes théories avaient contenu un plus grand pourcentage d'erreur et d'absurdité ?" S.Freud lettre à A.Einstein mai 1936
Répondre en citant
Message Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager" 
D'ailleurs si vous voulez , après Green , je peux vous faire un topo sur lui : outre qu'il m'a beaucoup aidé au psychodrame je trouve très intéressante sa théorisation des remaniements identificatoires à l'adolescence et son approche du psychodrame psychanalytique .


_________________
" Ne pensez-vous pas que j'aurais été beaucoup mieux traité si mes théories avaient contenu un plus grand pourcentage d'erreur et d'absurdité ?" S.Freud lettre à A.Einstein mai 1936
Répondre en citant
Message Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager" 
Voui, pour ce que je connais de Ladame j'apprécie, j'aimerais bien le connaitre plus ! 


_________________
Penser c'est frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude [L.Adler Dans les pas d'Hannah Arendt]
Répondre en citant
Message Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager" 
Moi aussi ! Okay Et j'aimerais bien qu'on parle un peu des psychodrames à l'occasion, c'est une thérapeutique très très intéressante !


_________________
« Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est difficile de le trouver en soi. Il est impossible de le trouver ailleurs. » N. de Chamfort
Répondre en citant
Message Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager" 
Je peux vous faire une présentation de sa théorisation alors ... Par contre , la biographie sera extrêmement courte c'est un monsieur discret et humble . Même s'il a quand même été président de la société suisse de psychanalyse .
Toutefois le colloque qui a eu lieu sur son travail à Paris avec Chabert , Richard , Marty etc n'a pas été à ma connaissance publié ... Houuuuuuuuu


_________________
" Ne pensez-vous pas que j'aurais été beaucoup mieux traité si mes théories avaient contenu un plus grand pourcentage d'erreur et d'absurdité ?" S.Freud lettre à A.Einstein mai 1936
Message Scarifications : "Il ne s'agit pas de simples décharges comportementales pour se soulager" 


Montrer les messages depuis:
Répondre au sujet Page 1 sur 1
  


Portail | Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation