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Un peu de Chinois
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Message Un peu de Chinois 
Je lis en ce moment un livre sur l'idéographie Chinoise,
"100 mots pour comprendre les Chinois".

Je voulais en parler rapidement ici.

L'auteur y raconte l'histoire et les fondations du système d'écriture idéographique, et s'attache à décortiquer 100 caractères "de base" qui en disent long sur la pensée Chinoise...
Ce qui m'a plu, c'est que dès l'introduction est écrit (puis développée) cette phrase qui évoque une réflexion qui m'est chère (que j'avais déjà énoncée dans un autre post, avant de lire ce livre):
"(...) les mots avec lesquels on écrit sont les outils avec lesquels on pense."...
Suivra plus tard cette citation du sinologue Léon Vandermeersch:
"La linguistique a montré que notre vision du monde est entièrement structurée par la langue dans laquelle nous l'interprétons (...). Le langage est une grille d'organisation du réel qu'il marque de son empreinte." ...

Je vais en citer rapidement quelques extraits.

Après avoir remarqué en citant la linguiste C. Herrenschmidt que "Les groupes humains qui écrivent dans des systèmes graphiques différents (...) s'inscrivent différemment dans le monde", il se livre à une analyse des processus mentaux  mis en jeu pour lire les mots. Car, non seulement "la psyché humaine a tendance à identifier les choses avec le nom qu'elles portent", mais la psyché de chaque civilisation considère aussi comme naturels les processus mentaux mis en jeu pour lire les mots qu'elle écrit. Or ce ne sont pas du tout les mêmes qui sont mis en œuvre pour la lecture des mots faits d'une suite de lettres et pour celle des idéogrammes chinois.
Il explique donc, au fil des paragraphes, que si la lecture de nos mots mobilise notre cerveau gauche dans un processus d'abord arithmétique, pour en somme réaliser des suites d'additions littérales de lettres afin d'en déduire phonétiquement un sens (à partir de l'image sonore qui se dégage de la lecture), la lecture d'un idéogramme suit un processus complètement différent. "Pour lire un idéogramme", poursuit-il, "le cerveau gauche est inopérant, simplement parce qu'on ne peut pas épeler un idéogramme. Même s'il est composé de plusieurs éléments ayant individuellement une signification en propre, son sens ne résulte pas de leur addition, mais du saut qualitatif produit par leur association. Sa lecture met en jeu l'hémisphère droit (...), celui qui n'est pas spécialisé dans les opérations analytiques, mais qui en revanche excelle dans la reconnaissance des formes et qui fonctionne en logique floue, cette aptitude qui nous fait dire parfois "j'ai déjà vu cette tête quelque part". On ne "lit" pas un idéogramme, on le reconnaît."
Voici les conclusions qu'il tire de cela: "Cette primauté du cerveau droit dans la lecture des idéogrammes explique peut-être cette aptitude de l'esprit chinois à percevoir la globalité comme une évidence et la causalité linéaire comme un exotisme. Inversement, une autre conséquence de la perception du monde à l'aide de mots formés de suite de lettres est l'évidence occidentale que n'importe quel système peut être décomposé et analysé à partir des éléments basiques qui le constituent. Tous les mots pouvant être écrits à l'aide d'un ensemble restreint de signes, il nous semble "naturel" que tout ce qui existe en ce monde peut être réduit à la combinatoire de ses éléments constituants. De cet impensé radical, naîtra l'évidence conceptuelle de l'analyse comme mode unique d'appréhension du réel. (...) Ce qui amène Hubert Reeves (dans "Poussières d'étoiles") à poser que "le principal acquis de la science occidentale est de nous avoir appris que l'univers entier est structuré comme un langage: les atomes s'associant en molécules comme les lettres en mots, les molécules en ensembles organiques comme les mots en phrases et les ensembles organiques en formes vivantes de plus en plus complexes comme les phrases en livres". Les Chinois qui, ayant inventé le papier et l'imprimerie, ont inventé les livres se reconnaissent mal dans cette organisation de l'univers.

Je finirai en citant deux entrées du livre: Humanité, et Psychologie.

Commençons par Humanité, :
"Associant au signe général des êtres humains simplement le chiffre deux, il désigne "l'entre-deux-humains", ce subtil supplément qui caractérise les relations sociales entre les humains. Au-delà des nécessaires règles de vie en groupe, au-delà même du langage (les animaux communiquent entre eux et forment des sociétés aux règles parfois fort complexes), Confucius propose avec ce mot non un idéal absolu, par nature hors de portée, mais un objectif vers lequel chacun peut et doit tendre pour le bien de tous. Pour lui, ce qui fonde la qualité d'un être humain est la propension à améliorer quotidiennement son propre niveau d'humanité dans ses relations avec ses semblables. C'est ainsi qu'il a gravé dans le cœur des Chinois, entre autres, ce primat de la civilité.
S'appuyant, comme il aimait le faire, sur l'identité phonétique entre ce terme et celui qui désigne les êtres humains, il a dit un jour une sentence dont on pourrait rendre la féconde concision par "la vertu d'humanité c'est être humain."

Voilà ce qu'il en est de la Psychologie, :
"L'expression désignant cette science du fonctionnement de la psyché humaine est déroutante: elle ne comporte aucun mot en référence à la psyché. On y trouve à la place le terme désignant la raison naturelle et le caractère du coeur. Cela tient au fait que le mot cœur représente en chinois une signification beaucoup plus vaste qu'en français.
(...)
Analogiquement aussi, le cœur dont les palpitations manifestent les émotions est pour les Chinois, comme pour toutes les autres cultures, le siège des sentiments. Beaucoup d'idéogrammes ayant trait aux émotions et aux sentiments seront écrits par une combinaison de ce signe avec un autre élément significatif (...).
Cependant, la signification de ce mot ne s'arrête pas là, car l'esprit chinois a un point de vue plus global. Il considère aussi le cœur comme le lieu de l'esprit et de tout ce qui a trait à la perception de soi, comme tout ce qui concerne le fonctionnement psychologique d'une personne. C'est ainsi que l'organisation de sa perception du monde, ce qui nous appelons le psychisme, le mental ou, d'une façon générale, la psychologie, sera écrite avec le signe du cœur.


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«On ne peut rien apprendre aux gens. On peut seulement les aider à découvrir qu’ils possèdent déjà en eux tout ce qui est à apprendre.» Galilée.
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