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Mémoire, ne nous joue pas de tours.
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Message Mémoire, ne nous joue pas de tours. 
De Nuremberg à Nuremberg.


Je me suis commandé un coffret que je souhaitais depuis un moment revisionner (le mot est très mal choisi...) . Et plus particulièrement avec mon neveu qui est tout juste en âge de comprendre.

Critique.

Extrait...








 

Dans ce coffret, il y a un documentaire que j'ai visionné cet après-midi sur le troisième Dvd, qui n'est pas passé à la télé en 1989 sur Antenne 2.

Avant l'oubli.

 
Citation:

C’est un remarquable documentaire qui est le prolongement d’une exposition, " Mémoires des camps" , organisée l’an dernier à Paris par la Mission du patrimoine photographique.
Henri Haut, dont le père, le frère et la soeur sont morts à Auschwitz ; Georges Angéli, auteur de onze photographies prises clandestinement à Buchenwald où il était déporté ; Jorge Semprun, déporté à Buchenwald ; François Bertrand, déporté à Buchenwald puis à Dachau ; Léon Navarro, déporté à Dora ; Germaine Tillon, déportée à Ravensbrück ; Serge Choumoff, déporté à Mathausen. Chacun nuance et limite son témoignage à son expérience, dans « son » camp, dans la période qu’il a vécue. Jorge Semprum et François Bertrand insistent bien pour dire qu’il y a eu plusieurs périodes, plusieurs réalités des camps et que les camps de la fin, surpeuplés, ne sont pas ceux des mois précédents.
A travers le reportage, la plupart des aspects de la concentration et de l’extermination - mêlées pour une fois, mais on regrettera l’absence d’un témoin d’Auschwitz - sont abordés : la rafle, l’arrivée, la faim, la soif, les coups, le cynisme des SS et kapos, les expériences, le travail, l’organisation des camps, le gazage à Auschwitz, la solidarité et les rivalités entre « nations », la résistance solitaire et organisée, l’évacuation, la libération.
Il s’agissait de « rentrer dans les photos » , de les expliquer, de les remettre dans leur contexte, pas vraiment de les montrer. Aucun voyeurisme possible : des photos sobres, toujours entourées d’un témoignage plus important que la photo qui elle s’efface rapidement : un prétexte plus qu’une volonté de fixer la mémoire des camps par l’image.
Un pari réussi : contrairement à la plupart des documentaires sur les camps , la barbarie ne passe pas par l’image. La vie quotidienne est dite avec ces paroles retenues que seules le témoin peut donner.
Onze photos clandestines incroyables prises par un témoin G Angeli à Buchenwald, dont un intéressant commentaire autour d’une photographie organisée par les SS à Dora avec un des témoins qui situait la scène et la mise en scène.
Deux soldats témoignent aussi de la découverte des camps à Dachau * et à Bergen-Belsen : Jacques Francis Rolland, correspondant de guerre dans l’armée américaine et Harry Oakes, photographe de guerre de l’armée britannique.
Quelques mots à la fin de J Semprum à propos de Cl Lanzmann : l’opposition a été dure, il y a 2 ans ! On peut montrer des photos, décrire, monter des archives, chercher l’histoire, accumuler les connaissances : « Comment voulez-vous qu’on explique l’odeur du four crématoire ? » Les larmes pointent dans les yeux des témoins : la parole ne libère pas , jamais . Travail de Mémoire, travail de deuil non achevé , passage de relais impossible..
Longuement sur l’écran final , un communiqué de G Angeli : « Les documents que j’ai ramenés en 1945 de Buchenwald avaient pour but de témoigner pour extirper les causes des guerres et obtenir un MONDE MEILLEUR DANS LA PAIX. En 2001 , ma déception est immense »
* au sujet des SS fusillés par les soldats américains à Dachau souvent évoqués sur les forums : la lecture de la lettre d’un soldat américain à sa mère, le lendemain de la libération de Dachau : « Si ce que j’ai vu hier je l’avais vu au début de la campagne, je n’aurais pas fait de prisonniers ». Alors , arrêtons de nous placer en juges des hommes plus de 60 ans après : nous pouvons bien lire des livres, accumuler des connaissances ... que savons-nous de l’odeur d’un four crématoire ?





La perte de certaines illusions sur l'Homme me semble nécessaire.

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Message Mémoire, ne nous joue pas de tours. 
Je l'avais vu à la télé, c'est un très bon documentaire !


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« Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est difficile de le trouver en soi. Il est impossible de le trouver ailleurs. » N. de Chamfort
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Message Mémoire, ne nous joue pas de tours. 
Bonsoir Traviata,

En fait je ne sais pas exactement à quel document tu fais référence.
Dans ce coffret, il existe un document supplémentaire si l'on peut dire, complémentaire.
C'est celui dont je parlais : Avant l'oubli.
Je crois que c'est tout à fait inimaginable d'une : de se mettre à la place des personnes persécutées, à qui l'on a très certainement au delà de la mort physique, ôté toute vie intérieure...
Enfin j'ose espérer que non. Je pense à Primo Lévi dont j'ai lu le récit des camps, mais qui j'ai cru comprendre a fini par mourir de son passé.

C'est également inimaginable pour moi de se situer du côté du persécuteur. Je ne comprends pas comment ces êtres humains, les persécuteurs ont pu vivre ces persécutions... Comme une jouissance ? Bref...
On parle bien sûr des innombrables responsabilités, collectives etc. Cela reste pour moi bien mystérieux.


Tout ça pour dire que j'ai accompagné mon père dans le début de son visionnage du reportage de ce soir sur Arte, sur le Ghetto de Varsovie.
Et bien j'ai arrêté avant de me plonger dans cette horreur en image.
Colère et dégoût sont je crois les mots qui priment quand on a l'occasion de voir ce "spectacle".
Terme choisi pas innocemment car le doc de ce soir parlait des films tournés dans le Ghetto.

A ce propos, je recommande la vision du film Le Pianiste, bien que très romancé, c'est un film intéressant pour la mémoire sur la Shoah.

Bonne soirée,

manu.

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Message Mémoire, ne nous joue pas de tours. 
Je viens de regarder le reportage sur le filmage du Ghetto, parce qu'en fait je me force toujours à regarder tous ces documentaires, tout en pensant naturellement qu'un jour je n'aurai plus besoin de les regarder et que ce sera évidemment un grand soulagement...
Pour le doc, je parlais de "De Nuremberg à Nuremberg" qui était passé à la télé il y a quelques années et qui m'avait semblé bien fait et intéressant.

Primo Levi n'est à mon sens pas réellement mort de son passé mais de l'impossibilité de parler de son passé, de témoigner et d'être entendu - il parle (même dans sa famille, certains quittent la pièce), il écrit (personne à l'époque ne souhaite lire et comprendre) puis doit se résoudre au fait qu'il est inaudible. Ce n'est pas tant ce qu'on a vécu qui tue (bien que ce soit parfois le cas) que l'impossibilité de regagner la communauté humaine avec ce vécu irrecevable - c'est vrai dans le cas des survivants de la Shoah mais c'est aussi vrai dans beaucoup de cas.


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Message Mémoire, ne nous joue pas de tours. 
Je comprends parfaitement ce que tu dis, quand tu évoques d'autres cas.

Pour ma part, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle entre le Ghetto de Varsovie et le Gaza d'aujourd'hui.
Non pas que je fasse un rapprochement entre persécuteurs et persécutés (d'ailleurs il me semble que pas mal de vieux ou nouveaux antisémites le font ce rapprochement ?) mais que cette situation sur le Ghetto met en lumière ce qui peut se passer à Gaza.
Encore que pour ma part je ne me suis pas vraiment documenté sur le sujet. (de Gaza).

Encore un sujet intéressant à creuser.
Si tu as des éléments à ce propos...

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Message Mémoire, ne nous joue pas de tours. 
 
Citation:
Je ne comprends pas comment ces êtres humains, les persécuteurs ont pu vivre ces persécutions... Comme une jouissance ? Bref...
On parle bien sûr des innombrables responsabilités, collectives etc.


Pour moi c'est ce qui justifie le travail de mémoire, et qui justifie ce qu'on appelle le "politiquement correct" même si celui-ci a pris des tournures parfois ridicules.

En effet, il est à mon sens très important de ne pas stimuler certaines tendances chez l'humain de xénophobie, de dénigrement d'autrui, de darwinisme... par le discours politique qui, qu'on le veuille ou non, influe sur la pensée collective. C'est pourquoi je suis actuellement inquiète des discours sur les roumains, sur les étrangers et la double peine, etc etc.

Pensez que lorsque la peine de mort fut abolie en France, la plupart des Français étaient contre. Aujourd'hui, la plupart des français trouvent cela barbare. Les décisions et le langage des politique influence le peuple et fixe la pensée des années à venir. Ils ont, de ce point de vue, une responsabilité énorme.

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Message Mémoire, ne nous joue pas de tours. 
Tout à fait d'accord avec toi Manamana, la dérive populiste actuelle, même dans les discours de dirigeants qui semblaient hors de ce champ jusqu'à présent, me paraît extrêmement inquiétante.

Manu, on peut faire des parallèles avec différentes situations à différentes époques, qu'il s'agisse de traumatismes dus à des violences politiques ou de traumatismes liés à autre chose (j'avais aussi en tête des violences privées, sexuelles, ou des maladies graves, certains de mes patients vivant ce sentiment d'incommunicabilité de leur expérience).
Il y a pas mal d'études, de ce point de vue, sur la population palestinienne, mais elles sont publiées dans des revues spécialisées.
Pour le rapprochement persécuteurs-persécutés, il n'est tout simplement pas pertinent dans ce cas (il pourrait l'être dans d'autres, notamment par le biais d'une identification à l'agresseur) - les survivants de la Shoah ont été très mal accueillis partout, y compris (et surtout aurais-je envie de dire) en Israël. Les natifs israéliens, ceux qu'ont appelle les Sabra, vivent dans un fantasme héroïque qui leur a fait prendre en horreur ces être considérés comme faibles car s'étant laissés déporter, exterminer, etc. Ils les appellent "les savons" par une référence douteuse aux pratiques des nazis supposés utiliser les cadavres à cette fin. J'entendais récemment Cyrulnik en parler, disant que ces survivants, désignés comme des "morceaux" par les Allemands pour les déshumaniser, puis comme des "savons" par leurs compatriotes, avaient fini par se vivre réellement comme des "morceaux de savon".


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Message Mémoire, ne nous joue pas de tours. 
Traviata,

Quelle horreur...
Quand je disais que c'était pour moi inimaginable de réaliser ce que ces hommes et ces femmes ont subis, c'est très certainement parce que je crois que même imaginer cette souffrance est très difficile ... En même temps, comme ce que tu disais précédemment, ceci j'arrive plus facilement à le concevoir : l'incommunicabilité , ainsi que l'impossibilité de regagner la communauté humaine. (bien sûr que je vois le lien entre les deux. l'inimaginable et la réintégration.)
Je me souviens qu'un copain lors de notre visite du Struthof, nous étions lycéens, plaisantait sur des choses - même déplacées - pour conjurer la gêne. Pour ne pas avoir à subir ces récits racontés, et les images du camps. (avec des détails.)
Je pense réellement qu'il ne pouvait pas entendre et voir ceci.
(juste pour préciser, si je n'ai pas été au bout du reportage, c'est bien en raison d'une impossibilité actuelle de voir l'horreur en image, en sons, et en texte.)

Sinon, moi aussi cette dérive populiste me révolte...
Peut-être ne parlons nous pas de la même chose, mais pour moi le politiquement correct n'est pas un rempart à l'indicible ... Ou alors nous ne parlons pas de la même chose... Et d'ailleurs ce politiquement correct n'empêche en rien ces dérives xénophobes actuelles, ni que, exemple comme ça, des types d'extrême droite soient invités depuis quelques années sur les plateaux Tv.
A mon sens, ces dérives savent contourner le politiquement correct en évitant toute référence à l'histoire, et par divers autres moyens. C'est insidieux je crois.

Je ne suis également pas totalement d'accord sur l'influence du politique sur ce qui se pense et se dit (et encore heureux !! )...
D'accord pour dire que les discours politiques peuvent amplifier ces ressentis, stimulent ce qu'il y a de mauvais en nous.
Par contre je pense que NOUS avons une responsabilité énorme vis à vis du politique.
Ce sont des décideurs, et les décideurs actuels ne titillent pas seulement ces sentiments qui peuvent exister en chaque personne : il existe bien une idéologie derrière...


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