Questions Psy Index du Forum
S’enregistrerRechercherFAQMembresGroupesConnexion
Répondre au sujet Page 1 sur 1
Corps marqués
Auteur Message
Répondre en citant
Message Corps marqués 
Parution de la revue française de psychosomatique, le thème et les articles ont l'air très intéressants.




Vous pouvez l'acquérir auprès de CAIRN, soit la revue en entier, soit par articles.


Editeur
P.U.F.
I.S.B.N. 9782130577027


 
Citation:


Avant-propos

Au commencement de la vie, une cicatrice. L’ombilic à la fois marque la coupure du cordon ombilical et inscrit ce qui identifie la naissance de l’être humain. L’omphalos signifie en grec le nombril mais aussi la pierre que laisse tomber Zeus au point de la rencontre des deux aigles, à l’oracle de Delphes, au « nombril du monde ». Entourée des liens cette pierre symbolise la naissance de Zeus échappant à Cronos et marque sa puissance. L’omphalos contient la coupure et le lien, ainsi que leur inscription symbolique.
 
Dans le judaïsme, la circoncision est une coupure symbolique qui inscrit dans la chair l’alliance avec Dieu, transmise au fil des générations par la filiation masculine paternelle.
Dans d’autres cultures, les marques corporelles sont des opérateurs symboliques complexes. Les tatouages, du mot tahitien tatau qui signifie marquer, dessiner mais aussi esprit, connus en Eurasie depuis le néolithique, articulent les liens sociaux à l’espace sacré. Inscrire sur le corps le rapport aux divinités, ancêtres et esprits tutélaires procède d’un ensemble de processus psychiques et identitaires, mis en acte dans des rites initiatiques, à l’adolescence. Chez les Maoris, peuple guerrier par excellence, un homme non tatoué n’a pas de statut social. En revanche, ces tatouages confèrent au guerrier une force vitale et une puissance offensives, en même temps qu’un bouclier, à la manière dont l’égide d’Athéna, ornée de la tête de la Méduse, devient un objet apotropaïque, une amulette qui protège de l’œil maléfique en détournant le regard.


En « creux » des tatouages, les scarifications, incisions connues en médecine depuis l’Antiquité, sont pratiquées en Afrique lors des rites thérapeutiques et initiatiques. Elles signifient le passage d’un statut social à un autre, lors de la naissance, l’adolescence, le mariage ou la mort. Marques visibles de l’appartenance à un groupe mais aussi de la métamorphose de l’initié, de la transformation traumatique elles visent à affilier l’individu à la cosmogonie et aux matrices symboliques de ses propres origines, à partir de ce qu’elles transmettent des « paroles actives », comme dit L. Hounkpatin.


Pourquoi un tel sujet dans une revue de psychosomatique ? À l’inverse des processus de mentalisation des rites, quelles sont les logiques des scarifications, tatouages, piercings, body-art, pratiques fréquentes de nos jours tant individuelles que groupales? Quels mécanismes psychiques sont en jeu lorsque l’esthétique cède la place à la douleur, à la violence des mutilations, parfois au danger de mort ? Quel est le rapport de ces conduites à la liaison masochiste ou aux perversions? Est-ce que le marquage douloureux – « le recours au corps en situation de souffrance », selon Le Breton – ne témoignerait pas de l’échec de la liaison masochique primaire par insuffisance de coexcitation, tout en étant une tentative de se constituer une liaison masochique en ayant recours au corps ? Alors que les rites initiatiques, véritables fabriques de sens, lient fortement la douleur masochiste au surmoi, ces déliaisons visent à marquer dans la chair l’échec d’une inscription psychique. Ils convoquent le narcissisme, les frontières du moi, l’identité sexuelle et la bisexualité psychique, l’idéal du moi. La description par N. Loraux des blessures viriles offre un contrepoint à la clinique riche et originale des scarifications à l’adolescence, pensée par les psychanalystes, psychosomaticiens et chercheurs. Toute cicatrice, du mot latin caecare qui signifie rendre aveugle, a la vocation paradoxale de fermer une plaie corporelle et d’ouvrir en même temps son histoire en tant que fait psychique. On peut se demander si les marques corporelles ne visent pas à créer, même compulsivement, une nouvelle historicisation en quête de transformation, une « affiliation au monde » comme dit R. Puyuelo. L’acharnement esthétique pour effacer les rides, les marques du temps, conduisant parfois à des effets monstrueux, ne pourrait-il pas aussi traduire un défaut de la capacité transformationnelle ?
De même qu’une « petite coupure », comme dit M. Aisenstein, peut devenir une béance de libido narcissique et ouvrir la voie à la désorganisation psychosomatique, une blessure, un tatouage, une cicatrice pourraient créer des traces de nouvelles inscriptions psychiques.


Marina Papageorgiou « Avant-propos », Revue française de psychosomatique 2/2010 (n° 3, p. 5-6.




TOUS LES ARTICLES

Message Publicité 
PublicitéSupprimer les publicités ?


Montrer les messages depuis:
Répondre au sujet Page 1 sur 1
  


Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation